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5 points pour résumer cette saison cyclonique 2017/2018

Le 30 juin 2018 sonnera le glas de l'année cyclonique 2017/2018 de l'océan indien sud. La fin approchant, il est temps de faire un petit bilan de cette drôle de saison qui a marqué les esprits. Voici 5 points qui pourraient résumer cette saison cyclonique 2017/2018 de l'océan indien sud-ouest.

1/ Une saison cyclonique 2017/2018 tardive

Etant donné le déroulement de cette saison cyclonique et des nombreux impacts sur les terres habitées, il est certain que vous êtes nombreuses et nombreux à avoir oubliés que le début de celle-ci fut plus que laborieuse. AVA, le premier système de la saison 2017/2018 du sud-ouest de l'océan indien a atteint le stade du baptême le 3 janvier 2018. Aucun système baptisé avant la fin de l'année est une situation plutôt rare.

Un tel retard au démarrage n'avait plus été observé depuis la saison 1998/1999, avec le baptême de la tempête tropicale ALDA au 16 janvier 1999. Selon la base de donnée du Centre Météorologique Régional Spécialisé (CMRS) cyclone de la Réunion, le début de la saison 2017/2018 est le 5e plus tardif sur les 33 dernières années.

2/ Une saison des pluies humide et électrique à la Réunion et Maurice

Après des saisons des pluies précédentes relativement sèches dans le bassin sud-ouest de l'océan indien, 2017/2018 a remis les pendules à l'heure notamment à la Réunion et Maurice. Les précipitations observées durant les mois de Janvier, Février et Mars ont été dignes d'une vraie saison des pluies. Des conditions durablement instables et humides, ainsi que le passage successif de plusieurs systèmes dépressionnaires tropicaux ont directement ou indirectement étaient à l'origine d'un cœur de saison très arrosé.

Au-delà des précipitations, l'activité orageuse qui a concerné les îles sœurs durant le mois de Février 2018 fut remarquable. Les conditions instables ont eu pour conséquence de favoriser les développements diurnes provoquant des épisodes brèves mais intenses d'orages associés à une activité électrique marquée.

A la Réunion c'est entre le 4 et le 27 que cette activité électrique fut à son sommet. Le nombre de jours d'orage observé fait de Février 2018 le 2e mois le plus orageux depuis 1969 selon Météo France. Même situation à Maurice, où Février 2018 a battu le record du nombre de jours avec orage d'après le Mauritius Meteorological Services.

3/ Une saison cyclonique éprouvante pour les terres habitées

En novembre 2017, les prévisions du CMRS pour la saison cyclonique 2017/2018 prévoyaient une zone de cyclogenèse préférentielle dans la partie ouest du bassin, donc proche des terres habitées. En plus de cela, les trajectoires étaient prévues majoritairement de type parabolique.

Force est de constater que dans les faits, ces prévisions se sont révélées globalement justes. Plusieurs systèmes ont évolué à proximité des terres habitées du bassin sud-ouest de l'océan indien, prenant souvent des trajectoires menaçantes pour Madagascar et les Mascareignes.

Saison 20172018

©Météo France

L'archipel des Mascareignes a été approché de près ou de loin par BERGUITTA, DUMAZILE, ELIAKIM et FAKIR. La côte Est de la Grande Île quant à elle fut directement et sévèrement impactée par le cyclone tropical AVA et la forte tempête ELIAKIM

4/ FAKIR un système qui sera difficile à oublier pour les Réunionnais

Parmi ces systèmes ayant visité d'un peu trop près les îles cette saison, il y a FAKIR. La forte tempête dont la formation a eu lieu durant la dernière décade d'avril, aura été exceptionnelle pour la Réunion, quasi directement impactée le 24 avril. Jamais l'île intense n'avait subi un épisode de ce type à une telle période de l'année.

Le déroulement des événements aura également été tout aussi exceptionnel. Le mardi 24 avril, c'est un système ayant réussi à résister à des conditions en altitude censées le réduire en miette et se déplaçant à une vitesse incroyable de 40 km/h. La forte tempête provoque des conditions cycloniques sur une large moitié Est de la Réunion alors qu'aucune alerte n'avait été déclenchée. C'est à Gros Piton Sainte Rose que fut enregistrée la rafale la plus forte avec 202 km/h (à noter que cette station est un poste très exposé, avec des vents accélérés par la topologie du terrain et donc non représentative de l'intensité réelle du système).

L'île a vécu un épisode qui par son déroulé pourrait être une sorte de mixte entre Jenny (1962) et avril 1944 et 1945, mais avec une intensité inférieure dans la mesure ou ces systèmes ont probablement été des cyclones tropicaux voire des cyclones intenses. FAKIR a mis en avant certaines limites dans le système d'alerte cyclonique actuel. Une consultation est en cours avec pour objectif des aménagements qui devront être opérationnels pour le début de la saison cyclonique 2018/2019.

5/ Un nombre de système légèrement inférieur à moyenne saisonnière

Tous ces systèmes qui ont impacté directement ou indirectement les terres habitées donnent l'impression d'une saison cyclonique très active. Mais si on regarde le nombre de système baptisé qui ont évolué dans le bassin, on reste pour la troisième saison consécutive en dessous de la moyenne saisonnière. La saison cyclonique 2017/2018 de l'océan indien sud-ouest c'est 8 systèmes baptisés alors que la moyenne est d'environ 9 systèmes atteignant les critères du baptême par saison. Les deux dernières saisons n'avaient guerre fait mieux, avec 8 systèmes en 2015/2016 et pire encore en 2016/2017 avec 6 baptêmes uniquement.

En revanche, sur les 8 systèmes de cette saison, nous avons 5 cyclones tropicaux (avec 2 intenses) dont 4 ont évolué au cours du seul mois de Janvier 2018 ce qui est remarquable et 3 fortes tempêtes tropicales. Le paramètre le plus représentatif pour qualifier une saison d'active ou non est le nombre de jour total d'activité sur le bassin. Malgré un nombre de système inférieur à la moyenne saisonnière, on peut toutefois avoir un nombre de jour d'activité élevé ce qui pourrait être la cas pour 2017/2018, quand on pense notamment à CEBILE resté au stade cyclonique durant une longue période. Réponse d'ici quelques semaines avec le bilan qui sera publié par le CMRS de la Réunion.

Enfin, nous avons eu une nouvelle fois la preuve q'un nombre de système inférieur à la moyenne ne signifiait en rien un risque moins important pour les terres habitées.

PR

bassin sud ouest

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