Les îles sœurs ont évité le pire avec BERGUITTA

Maurice et la Réunion viennent de vivre le passage de BERGUITTA à proximité de leurs côtes sud-est et sud. Cette trajectoire est en générale favorable, dans la mesure ou les îles se retrouvent dans le demi-cercle dit "maniable". Revenons sur ces systèmes qui ont suivi la même approche finale.

Demi cercle dangereux et demi cercle maniable

BERGUITTA a transité à environ 10 km au sud-est de l'île Maurice au stade de forte tempête tropicale en tout début de journée du 18 janvier 2018. Le système a ensuite poursuivi sa route pour passer au plus près de la Réunion à environ 60 km au sud de l'île en milieu d'après-midi. Si BERGUITTA a marqué les esprits dans le sud de l'île de la Réunion en raison des fortes pluies et des inondations provoquées, il faut avouer que les mémoires ont du mal à se souvenirs de ces systèmes passés par le sud. La raison de cette amnésie réside dans le fait qu'en transitant au sud-est ou au sud, les îles se retrouvent dans la partie ou les conditions cycloniques sont les moins sévères.

Dans l'hémisphère sud, pour un cyclone se déplaçant vers l'ouest, les vents seront les plus forts sur la gauche de la trajectoire (sur la partie sud du cyclone), puisqu'ils s'additionnent à la vitesse de déplacement du météore. C'est ce qu'on appelle le demi cercle "dangereux". A contrario, il sera plus faible sur la droite de la trajectoire (sur la partie nord du cyclone), les vitesses se retranchant l'une de l'autre. On parle cette fois-ci de demi cercle "maniable". La distinction de ces deux disques est capitale en navigation et a fait l'objet de plusieurs régles de navigation depuis des siècles.

Représentation du demi cercle maniable et dangereux de BERGUITTA le 18 janvier 2018 à 06utc (RAMMB)

Représentation du demi cercle maniable et dangereux de BERGUITTA le 18 janvier 2018 à 06utc (RAMMB)

Maurice, puis la Réunion, se sont donc retrouvées dans le demi cercle "maniable", étant donné que la tempête BERGUITTA qui a suivi une trajectoire sud-ouest, est passée au plus près du secteur sud-est puis sud des îles. C'est la raison pour laquelle, les îles sœurs n'ont pas connu de vent extrême. Néanmoins, les précipitations associées aux cyclones, peuvent être intenses aussi bien du côté maniable que du côté dangereux. Le sud de la Réunion l'a malheureusement expérimenté récemment.

BERGUITTA n'est pas le premier et ne sera certainement pas le dernier système à suivre ce type de trajectoire, avec un passage au sud des Grandes Mascareignes. Revenons sur ces tempêtes ou cyclones ayant transité à moins de 100km au sud-est ou au sud de Maurice et de la Réunion, après avoir suivi une trajectoire plus ou moins similaire à BERGUITTA, au cours des ces 40 dernières années.

Les cyclones passés au sud-est ou au sud des îles soeurs

Le 6 mars 1989, la forte tempête tropicale KRISSY qui a suivi une trajectoire d'ouest sud-ouest, glisse à environ 20 km au sud de Maurice et 100 km au sud sud-est de la Réunion. Si l'impact fut limité pour cette dernière, KRISSY a eu une influence plus significative à Maurice, où il a été notamment relevé une rafale de 154 km/h et une pression de 976 hPa à Plaisance. A Port-Louis, les effets du vent ont été moindre puisque la rafale maximale observée fut de 113 km/h. En revanche, les précipitations ont été à la hauteur de l'événement, avec en 24h du 5 au 6 avril 1989, 182.2 mm à Arnaud, 109.3 mm à Vacoas, et 108.7 mm à Plaisance.

Lors de la fameuse saison cyclonique 1993/1994, les îles sœurs vont être impactées par le cyclone tropical HOLLANDA. Ce météore fait partie de ceux ayant profondément marqué les Mauriciens. Contrairement à BERGUITTA, le cyclone tropical HOLLANDA a transité au nord de l'île Maurice dans la nuit du 10 au 11 février 1994. La rafale la plus forte relevée fut 216 km/h à Fort-William et la pression avait fortement chuté puisqu'il avait été observée 948 hPa à Plaisance le 11 février à minuit. Passage au nord pour Maurice qui subit le demi cercle dangereux, et, passage au sud-est pour la Réunion qui se retrouve donc dans le demi cercle maniable.

Trajectoire du cyclone tropical Hollanda au plus près de Maurice et la Réunion (NOAA)

Trajectoire du cyclone tropical Hollanda au plus près de Maurice et la Réunion (NOAA)

Si HOLLANDA sera moins sévère avec la Réunion, l'île va tout de même subir de vraies conditions cycloniques, principalement dans la matinée du 11 février. Les rafales sont violentes, 230 km/h relevée à Sainte-Rose à 7h30 (par effet d'accélération du vent), 166 km/h à la Nouvelle à 8h et 162 km/h à Gillot à 12h. Mais alors pourquoi BERGUITTA n'a pas eu la même influence que HOLLANDA sur la Réunion? Il faut savoir que les deux systèmes ne jouaient pas dans la même catégorie. HOLLANDA était encore un système relativement puissant au moment de son passage au plus près, et sa zone de vent fort était bien plus large.

DAVINA, les îles sœurs échappent au pire

Depuis jeudi dernier, la polémique sur le non déclenchement de l'alerte rouge à la Réunion suite au passage au sud de BERGUITTA alimente les réseaux sociaux réunionnais. Le cas DAVINA en 1999, est l'exemple type inverse du cas d'une alerte rouge, où la population s'est demandée pourquoi celle-ci fut déclenchée. Ce cyclone venu de loin, se déplacera si vite qu'il parcourra 2500 km en l'espace de 4 jours. Le 7 mars, il devient cyclone tropical intense tout en poursuivant une trajectoire ouest sud-ouest remarquable de régularité, à une vitesse de 30 km/h! Le 8 mars dans la matinée, DAVINA transite au plus près de Rodrigues à environ 140 km au nord-ouest de l'île. Désormais, le cyclone représente une menace directe pour Maurice et la Réunion.

Sur sa trajectoire d'approche, le système commence à observer des oscillations de cap de plus ou moins grandes ampleurs, augmentant l'incertitude sur la zone de passage au plus près, tout comme ce fut le cas avec BERGUITTA. Les similitudes ne se s'arrêtent pas là, puisque le cyclone présente une structure très concentrée avec une zone de vent fort réduite. DAVINA frôle l'île Maurice à une quinzaine de kilomètres au sud-est au stade de cyclone tropical dans la nuit du 9 au 10 mars. La rafale la plus forte mesurée fut 169 km/h à Plaisance pourtant situé dans le demi cercle maniable. Selon le CMRS de la Réunion, étant donné la vitesse de déplacement (25 km/h) et le gradient de pression, les rafales sont estimées excéder les 200 km/h dans la partie sud de DAVINA, c'est à dire dans le demi cercle dangereux évité par Maurice. On peut donc dire que l'île a été particulièrement chanceuse en esquivant de peu les conditions paroxysmiques associées au cyclone.

Trajectoire du cyclone tropical Davina au moment de son passage au plus près des îles sœurs (NOAA)

Trajectoire du cyclone tropical Davina au moment du passage au plus près des îles sœurs (NOAA)

Le 10 mars, vers 7h30, DAVINA qui s'est affaibli en une forte tempête tropicale, et qui laissait planer le doute sur la zone de passage au plus près, transite finalement à 35 km au sud-est de la Réunion. Le maximum de vent atteint fut au Baril à Saint-Philippe, avec une rafale de 126 km/h et 169 km/h à Piton Sainte Rose. La dissymétrie du système (convection concentrée sur la partie sud de DAVINA) et la taille très réduite de la convection principale, font qu'une bonne partie de l'île ne ressent aucun effet lié à la tempête. Là aussi, avec un passage sur l'île ou au nord, l'histoire n'aurait pas été la même. Dans la partie sud de DAVINA, les rafales les plus fortes étaient encore estimées atteindre les 170-180 km/h sur mer. Avec le relief, cela aurait pu donner des rafales dépassant les 200 km/h par endroit. Tout comme Maurice, la Réunion a également échappé au pire.

BERGUITTA aurait pu faire beaucoup plus mal

L'impact d'un phénomène arrivant sur une trajectoire sud-ouest ou ouest sud-ouest et transitant au sud ou au sud-est des îles sœurs dépendra de la structure nuageuse du système, de son intensité et du diamètre de l'extension des vents forts. Bien souvent, en glissant au sud ou au sud-est, les effets des conditions cycloniques sont limités, contrairement à un impact direct, ou à proximité nord. Avec BERGUITTA, la dégradation aurait vraisemblablement été beaucoup plus rude, si les îles sœurs s'étaient retrouvées dans le fameux demi cercle dangereux. 

PR

  • Source : CMRS de la Réunion / Firinga.com
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