Saison cyclonique 2026/2027 : El Niño pourrait perturber le démarrage

Saison cyclonique 2026/2027 : premières tendances, El Nino en trouble fête ?

Le 04/08/2026 à 13:19 0

Dans Infos Cyclone

Le premier signal saisonnier concernant l’activité cyclonique 2026/2027 dans le sud-ouest de l’océan Indien vient d’être délivré par le modèle SEAS5 du Centre européen. Entre août 2026 et janvier 2027, l’ECMWF prévoit une densité de tempêtes tropicales inférieure à la normale sur une large partie du bassin. Cette tendance est compatible avec un démarrage laborieux, voire tardif, dans un contexte désormais marqué par le renforcement d’El Niño et la possible installation d’un Dipôle de l’océan Indien positif.

 

Que prévoit l’ECMWF pour le début de la saison cyclonique 2026/2027 ?

Le produit saisonnier du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, plus communément appelé ECMWF ou CEP, couvre cette fois la période allant d’août 2026 à janvier 2027.

Cette fenêtre de six mois englobe la fin de l’hiver austral, l'intersaison et toute la première partie de la saison cyclonique 2026/2027. Elle ne permet pas encore de prévoir précisément l’ensemble de la saison, mais elle fournit une première indication sur la manière dont l’activité tropicale pourrait se répartir dans le temps et dans l’espace.

Sur la carte publiée, une bande bleue s’étire approximativement du nord-est de Madagascar jusqu’à l’est de Diego Garcia, dans le couloir où la Zone de convergence intertropicale, ou ZCIT, devient habituellement un acteur essentiel des cyclogenèses. L’anomalie indiquée est généralement comprise entre −1 et −0,5 sur une grande partie de cette zone.

Autrement dit, le modèle simule moins de passages de tempêtes tropicales que d’habitude sur une grande partie du bassin entre août et janvier.

 

Activité cyclonique prévue par l’ECMWF pour le début de la saison 2026/2027

Le modèle saisonnier SEAS5 de l’ECMWF présente une anomalie négative de densité des tempêtes tropicales sur une grande partie du sud-ouest de l’océan Indien entre août 2026 et janvier 2027. © 2026 ECMWF — Prévision saisonnière SEAS5 — Licence CC BY 4.0 et conditions d’utilisation de l’ECMWF.

 

que mesure réellement ce produit ?

Le Tropical Storm Density Anomaly n’est pas une prévision classique annonçant combien de tempêtes tropicales se formeront, ni une carte indiquant les futures trajectoires des systèmes de la saison.

Pour chaque point de la carte, le produit estime le nombre de tempêtes tropicales simulées susceptibles de passer dans un rayon d’environ 300 kilomètres. Une anomalie négative signifie que ce nombre de passages locaux est inférieur à celui habituellement obtenu dans le modèle climat SEAS5.

La valeur comprise entre −1 et −0,5 ne signifie donc pas nécessairement que le bassin connaîtra exactement une tempête de moins. Elle indique plutôt que, dans la zone bleue, le modèle prévoit approximativement entre 0,5 et 1 passage de tempête simulée en moins dans un rayon de 300 kilomètres, par rapport à son propre climat.

Il est à noter que ces valeurs de densité ne sont pas calibrées comme le sont les prévisions du nombre total de tempêtes. La carte doit donc être utilisée comme un indicateur qualitatif de tendance, et non comme un décompte définitif de la saison.

 

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Vers un début de saison cyclonique tardif ou laborieux ?

Une anomalie négative aussi étendue sur la zone tropicale du bassin est compatible avec une première partie de saison moins dynamique que la normale.

Cela pourrait se traduire par une ZCIT ayant du mal à s’organiser durablement dans l’hémisphère sud, une mousson tardant à s’imposer ou des perturbations tropicales rencontrant davantage de difficultés à se développer significativement.

Dans ce scénario, des zones perturbées pourraient malgré tout apparaître au fil des semaines, mais les conditions environnementales seraient globalement moins favorables à leur tévolution en dépression ou en tempête tropicale. Le démarrage de la saison pourrait ainsi être irrégulier, avec des tentatives de cyclogenèse interrompues par le cisaillement, un manque de convergence, dans les basses couches, ou des intrusions d'air sec.

La carte de l’ECMWF ne permet cependant pas d’affirmer que le premier système nommé sera forcément tardif. Elle montre avant tout que, sur l’ensemble de la période août-janvier, la densité moyenne des tempêtes est simulée sous les valeurs habituelles.

Le scénario privilégié à ce stade est donc celui d’un début de saison cyclonique 2026/2027 potentiellement laborieux, avec une activité réduite ou intermittente avant une éventuelle évolution du contexte au cœur de l’été austral.

 

Pourquoi El Niño pourrait-il perturber l’activité dans le sud-ouest de l’océan Indien ?

L’une des explications possibles se trouve à plusieurs milliers de kilomètres du bassin, dans le Pacifique équatorial.

Au début du mois d’août 2026, l’Organisation météorologique mondiale indique qu’un El Niño fort est en cours de développement et devrait continuer à se renforcer durant la période août-octobre. Ce réchauffement du Pacifique équatorial modifie la répartition de la convection tropicale, les circulations de grande échelle et les régimes de vent sur une grande partie de la planète.

La température de l’océan Indien reste pourtant supérieure à la normale sur une grande partie du bassin. Mais une mer chaude ne suffit pas à produire des tempêtes tropicales. Il faut également une forte convergence près de la surface, une atmosphère suffisamment humide et un cisaillement vertical limité.

Les études et analyses saisonnières du CMRS de La Réunion montrent justement une influence contradictoire d’El Niño. Le phénomène peut favoriser des eaux très chaudes et une atmosphère humide près de l’équateur, tout en rendant la convergence moins efficace dans la ZCIT et en renforçant le cisaillement d’ouest dans certaines zones où les systèmes atteignent habituellement leur intensité maximale.

L’histoire du bassin comporte plusieurs exemples de saisons réduites placées dans un contexte El Niño, notamment 1965-1966, 1982-1983, 1986-1987, 1997-1998 et 2015-2016. Ces analogues ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer ce que deviendra la saison 2026/2027.

 

Tableau El Niño fort

Saisons cycloniques en contexte d’El Niño fort

Sud-ouest de l’océan Indien — systèmes ayant atteint au minimum le stade de tempête tropicale modérée

Saison cyclonique Pic du RONI Intensité d’El Niño Nombre de systèmes
1957-1958 +1,9 °C Fort N.D.
1965-1966 +2,0 °C Très fort 4
1972-1973 +2,0 °C Très fort 11
1982-1983 +2,4 °C Très fort 3
1986-1987 +1,5 °C Fort 5
1991-1992 +2,1 °C Très fort 10
1997-1998 +2,3 °C Très fort 5
2009-2010 +1,5 °C Fort 9
2015-2016 +2,3 °C Très fort 8
Lecture : le comptage porte sur les systèmes ayant atteint au minimum le stade de tempête tropicale modérée dans le bassin du sud-ouest de l’océan Indien. Pour 1957-1958, le total n’est pas indiqué en raison du manque d’homogénéité des observations historiques. Pour 2009-2010, le total de 9 correspond aux systèmes tropicaux et n’inclut pas le système subtropical Joël.

 

El Niño et IOD positif : une combinaison défavorable au démarrage ?

À l’influence d’El Niño pourrait s’ajouter celle d’un Dipôle de l’océan Indien positif, généralement abrégé IOD+.

Un IOD positif correspond à des eaux relativement plus chaudes dans l’ouest de l’océan Indien équatorial et plus fraîches dans sa partie orientale, près de l’Indonésie. Cette répartition modifie les vents, la convection et les précipitations tropicales.

L’OMM prévoit le développement d’un IOD positif au cours des prochains mois. Le Bureau australien de météorologie indiquait encore, au 26 juillet, une situation officiellement neutre, mais l’indice hebdomadaire avait atteint pour la première fois le seuil positif de +0,4 °C. Plusieurs semaines au-dessus de ce seuil sont nécessaires avant que l’épisode soit considéré comme établi.

Selon les analyses statistiques du CMRS de La Réunion, l’activité cyclonique du sud-ouest de l’océan Indien est généralement réduite lorsque des épisodes El Niño modérés à forts se combinent avec un IOD positif.

Une configuration comparable avait été observée au début de la saison 2023/2024. Il avait fallu attendre le 31 décembre 2023 pour voir apparaître la première tempête tropicale, soit environ un mois et demi après la date médiane habituelle du premier système. Météo-France avait attribué ce démarrage tardif à l’action combinée d’El Niño et d’un IOD positif marqué.

L’influence possible de cette combinaison sur la saison 2026/2027 est développée plus en détail dans notre dossier :

El Niño et IOD en vue : quelle influence possible sur la saison cyclonique 2026/2027 ?

 

Le cœur de saison POUR relancer l’activité cyclonique ?

Il est encore beaucoup trop tôt pour prévoir précisément ce qui se passera entre février et avril 2027.

La carte publiée par l’ECMWF s’arrête en janvier. Elle ne renseigne donc pas sur toute la période correspondant au cœur et à la fin de la saison cyclonique dans le sud-ouest de l’océan Indien.

À mesure que l’été austral avance, la ZCIT et le flux de mousson ont normalement davantage de possibilités de s’installer au-dessus du bassin. Même après un démarrage difficile, les conditions redeviennent généralement favorables à une activité plus franche.

Selon la prévision saisonnière de juillet 2026 de Météo-France, le SIOD évolue désormais vers des conditions neutres et basculer en phase négative au cours des trimestres suivants. Cette transition reste incertaine, mais elle pourrait accompagner un changement de régime atmosphérique pendant le cœur de saison.

La saison 2023/2024 constitue là encore un exemple intéressant. Malgré un premier système extrêmement tardif, le bassin avait finalement comptabilisé 10 tempêtes tropicales, soit un nombre conforme à la normale, dont sept avaient atteint le stade de cyclone tropical. Le démarrage avait été bloqué, mais l’activité s’était nettement renforcée à partir de janvier.

Ce précédent montre qu’un signal négatif sur la première partie de saison ne permet pas de conclure que l’ensemble de la saison 2026/2027 sera peu active. Tout dépendra de l’évolution d’El Niño, de l’IOD, du Dipôle subtropical, de la mousson et de la circulation atmosphérique au cours de l’été austral.

 

 

Une activité réduite signifie-t-elle moins de risques D'IMPACT ?

La saison cyclonique 2026/2027 sera-t-elle moins active que la normale ?

La première tendance de l’ECMWF va dans le sens d’une densité de tempêtes tropicales réduite entre août 2026 et janvier 2027. Elle ne permet pas encore de déterminer le nombre final de systèmes sur l’ensemble de la saison.

Le premier SYSTÈME NOMMÉ de la saison pourrait-il arriver tardivement ?

Oui, un démarrage tardif fait partie des scénarios possibles. Le signal négatif sur la ZCIT et le contexte El Niño–IOD positif sont compatibles avec une installation difficile de l’activité tropicale. Mais aucune date de première cyclogenèse ne peut être déterminée plusieurs mois à l’avance.

Le risque cyclonique sera-t-il moins élevé pour LES TERRES HABITÉES ?

Pas nécessairement. Le nombre total de tempêtes formées dans le bassin n’est pas directement corrélé au nombre d’impacts sur les terres habitées. Une saison peu active peut produire un système menaçant pour Madagascar, les Mascareignes ou le Mozambique, tandis qu’une saison très active peut voir l’essentiel de ses phénomènes rester loin des terres.

Rappelons qu’à l’échelle d’un territoire, un seul système suffit pour provoquer un impact majeur, indépendamment du bilan global de la saison.

À ce stade, la synthèse est donc la suivante : Les produits l’ECMWF envisage une activité cyclonique réduite durant la première partie de la saison 2026/2027, dans un contexte dominé par El Niño et probablement renforcé par un IOD positif. Cette tendance ne constitue ni une prévision définitive du nombre de cyclones, ni l’annonce d’un risque plus faible pour les terres habitées.

Les prochaines sorties mensuelles de SEAS5 et la future prévision saisonnière officielle du CMRS de La Réunion en octobre permettront de préciser le scénario le plus probable pour le cœur de saison.

 

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