El Niño et IOD+ : influence possible sur la saison cyclonique 2026/2027

El Niño et IOD+ en vue : quelle influence possible sur la saison cyclonique 2026/2027 ?

Le 12/06/2026 à 07:21 0

Dans Le coin expert

Les dernières tendances climatiques évoquées par l’OMM autour d’un très probable épisode El Niño et d’un dipôle positif de l’océan Indien invitent à regarder ce que ces configurations ont donné par le passé dans le bassin sud-ouest de l’océan Indien. D’après les statistiques du RSMC de La Réunion, El Niño et IOD+ sont souvent associés à une baisse du risque d’impact sur plusieurs zones du bassin, notamment Madagascar, le Mozambique et les Mascareignes. Mais cette lecture reste incomplète : une grande inconnue demeure, l’évolution du SIOD, un facteur potentiellement majeur au cœur de la saison cyclonique.

Une analyse de tendance, pas une prévision de saison

Nous sommes encore loin de la prochaine saison cyclonique. Il ne s’agit donc pas ici d’annoncer ce que fera la saison, ni de prévoir les trajectoires des futurs systèmes.

L’objectif est différent : profiter des tendances climatiques actuellement mises en avant par l’OMM pour relire les statistiques disponibles sur le bassin sud-ouest de l’océan Indien.

Que se passe-t-il, en moyenne, lorsqu’El Niño est présent ?
Que montrent les archives lors d’un IOD positif ?
Et surtout, quelles limites faut-il garder en tête avant d’en tirer une conclusion trop rapide ?

Car dans notre bassin, le risque cyclonique ne dépend pas seulement du nombre de systèmes. Il dépend aussi de leur zone de formation, de leur trajectoire, et des grands forçages climatiques qui modulent la circulation atmosphérique.

Parmi ces forçages, trois ressortent dans les travaux du RSMC de La Réunion : ENSO, qui regroupe El Niño et La Niña, l’IOD, ou dipôle de l’océan Indien, et le SIOD, dipôle subtropical de l’océan Indien.

El Niño : un signal qui modifie surtout les trajectoires

El Niño est lié au réchauffement anormal d’une partie du Pacifique équatorial. Même s’il se produit loin de l’océan Indien, il peut influencer la circulation atmosphérique à grande échelle.

Dans le bassin sud-ouest de l’océan Indien, les statistiques montrent qu’El Niño ne doit pas seulement être lu en termes de nombre de systèmes. Son effet concerne aussi les trajectoires.

Dans un contexte El Niño, les trajectoires ont davantage tendance à évoluer dans la partie centrale et Est du bassin, avec des mouvements plus méridiens, c’est-à-dire davantage orientés vers le sud ou le sud-est. À l’inverse, les trajectoires plus franchement orientées vers l’ouest, qui concernent davantage Madagascar ou le canal du Mozambique, sont moins favorisées.

Conséquence statistique : le risque d’impact diminue pour plusieurs zones du bassin, notamment Madagascar, le Mozambique et la zone Réunion-Maurice.

Pour le secteur Réunion-Maurice, par exemple, la probabilité hebdomadaire d’un passage proche ou impactant passe de 4,2 % en moyenne à 3,1 % en situation El Niño, soit une anomalie de -27 %.

Pour la côte Est de Madagascar, la baisse est encore plus nette : de 4,9 % en moyenne à 2,5 %, soit -48 %. Même tendance pour la côte Ouest malgache, avec une baisse de 4,4 % à 2,5 %.

En revanche, Rodrigues fait exception. Située plus à l’est, l’île peut être davantage concernée lorsque les trajectoires se développent dans la partie orientale ou centrale du bassin avant de plonger vers le sud. Selon les statistiques, El Niño augmente ainsi le risque pour Rodrigues. Cela rappelle que le signal n’est pas uniforme à l’échelle du bassin.

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IOD+ : un signal surtout utile pour le début de saison

L’IOD, ou dipôle de l’océan Indien, correspond à une différence d’anomalies de température entre l’ouest et l’est de l’océan Indien équatorial.

Lorsqu’il est positif, l’ouest du bassin devient relativement plus favorable à la convection, tandis que l’est de l’océan Indien devient beaucoup moins favorable aux développements tropicaux. Selon les statistiques, l’influence de l’IOD est surtout importante en début de saison cyclonique, principalement entre octobre/novembre et janvier.

Dans les statistiques d’impact, l’IOD+ est associé à une baisse du risque sur plusieurs zones.

  • Pour la côte Est de Madagascar, la probabilité hebdomadaire passe de 4,9 % à 1,8 %, soit -64 %.
  • Pour la côte Ouest de Madagascar, elle passe de 4,4 % à 1,8 %, soit -60 %.
  • Pour Réunion-Maurice, elle passe de 4,2 % à 1,8 %, soit -58 %.
  • Pour le Mozambique, le tableau donne même 0 % dans l’échantillon étudié.

Ces chiffres ne signifient pas qu’un impact devient impossible. Ils indiquent simplement que, dans les archives analysées, les épisodes IOD+ ont été statistiquement moins favorables aux impacts sur ces zones.

 

El Niño + IOD+ : un signal globalement orienté à la baisse, mais pas partout

Si l’on croise les deux signaux, El Niño et IOD+, la lecture est assez cohérente pour une grande partie du bassin.

Pour Madagascar, Mozambique, Comores-Mayotte et Réunion-Maurice, les deux configurations vont globalement dans le même sens : une baisse statistique du risque d’impact.

Pour Rodrigues, c’est plus complexe. El Niño augmente le risque dans les statistiques, probablement parce que certaines trajectoires plus orientales peuvent davantage concerner cette île. Mais l’IOD+ réduit fortement le risque, car il limite fortement les développements dans l’est du bassin.

Il serait donc imprudent d’en tirer une conclusion trop simple pour Rodrigues.

La bonne formulation est donc la suivante : si El Niño et IOD+ se confirment, les statistiques disponibles suggèrent plutôt un contexte moins favorable aux impacts sur une large partie du bassin, mais ce signal n’est ni uniforme, ni suffisant pour résumer le risque réel d’une saison.

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La grande inconnue : le SIOD

C’est le point central.

L’ENSO et l’IOD donnent une première indication, mais ils ne ferment pas le scénario. Dans le sud-ouest de l’océan Indien, le SIOD peut modifier la donne.

Le SIOD, ou dipôle subtropical de l’océan Indien, concerne davantage le sud de l’océan Indien. Contrairement à l’IOD, qui agit surtout en début de saison, le SIOD est particulièrement important au cœur de la saison cyclonique.

En théorie, les phases positives du SIOD ont tendance à limiter l’activité cyclonique dans le bassin, notamment en favorisant l’arrivée d’air plus frais et plus sec vers les zones de développement.

À l’inverse, les phases négatives du SIOD peuvent favoriser les développements dans la principale région de formation des systèmes tropicaux. Elles peuvent aussi déplacer le risque vers la zone des Mascareignes, en rendant certaines trajectoires proches de La Réunion et de Maurice plus probables.

Pour les îles soeurs, le signal est particulièrement fort : un SIOD négatif isolé augmente fortement la probabilité de passage proche ou impactant. La probabilité hebdomadaire passe de 4,2 % en moyenne à 8,3 % en situation SIOD-, soit une hausse de 98 %.

Autrement dit, le SIOD peut presque doubler le risque statistique pour la zone Réunion-Maurice lorsqu’il est négatif.

Et c’est précisément là que se trouve la limite actuelle de l’analyse : l’évolution du SIOD reste difficile (voir impossible) à anticiper à longue échéance. Or, si cet indice basculait vers une phase négative au cœur de la saison, il pourrait atténuer, voire contredire, le signal limitant donné par El Niño et l’IOD+.

 

 

Ce qu’il faut retenir

 

À ce stade, les signaux El Niño et IOD+ permettent surtout de poser une tendance statistique.

Dans les archives, El Niño et IOD+ sont plutôt associés à une baisse du risque d’impact sur Madagascar, le Mozambique et la zone Réunion-Maurice. Pour Rodrigues, le signal est plus nuancé, car El Niño et IOD+ ne vont pas clairement dans le même sens.

Mais cette analyse reste incomplète sans le SIOD.

C’est lui qui pourrait devenir l’un des paramètres clés à surveiller dans les prochains mois. Une phase positive renforcerait probablement le signal de limitation de l’activité. Une phase négative pourrait au contraire changer la lecture, notamment pour les Mascareignes.

En résumé, El Niño et IOD+ donnent une première tendance plutôt défavorable aux impacts sur plusieurs zones du bassin. Mais la grande inconnue reste le SIOD, dont l’évolution à long terme est encore peu lisible, alors même que les statistiques suggèrent qu’il peut jouer un rôle majeur dans la répartition du risque cyclonique.

 

Infographie sur l’influence possible d’El Niño, de l’IOD+ et du SIOD sur le risque cyclonique 2026/2027 dans l’océan Indien.

En résumé, un contexte El Niño + IOD+ tend plutôt à favoriser une première partie de saison cyclonique plus limitée, voire laborieuse, même si l’évolution du SIOD reste la grande inconnue.

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