Trois ouragans dans le Pacifique : El Niño en cause ?

Trois ouragans en même temps dans le Pacifique : El Niño est-il vraiment en cause ?

Le 04/09/2026 à 13:25 0

Dans Infos Cyclone

Les ouragans Karina, Marie et Lowell évoluent simultanément dans le Pacifique nord-est et central. Une situation spectaculaire et relativement rare, mais pas sans précédent. Elle intervient surtout alors qu’un épisode El Niño fort se développe dans le Pacifique équatorial. Ce phénomène climatique favorise effectivement l’activité cyclonique dans cette partie du monde, mais peut-on pour autant lui attribuer directement ce triplé ? Les données officielles de la NOAA apportent une réponse plus nuancée.

 

Karina, Marie et Lowell : trois ouragans simultanément dans le Pacifique

Le Pacifique nord-est et central présente actuellement une configuration remarquable avec trois ouragans actifs simultanément : Karina, Marie et Lowell.

Au pointage du National Hurricane Center et du Central Pacific Hurricane Center de 03 UTC ce vendredi 4 septembre 2026, Karina se trouvait par les points 20,1N et 138,4W, avec des vents soutenus de 165 km/h et une pression minimale estimée à 969 hPa. Le système poursuivait sa route vers l’ouest-nord-ouest et devrait continuer à faiblir progressivement.

Marie, située beaucoup plus à l’est à 19,6N et 116,3W, affichait des vents soutenus de 155 km/h pour une pression minimale de 972 hPa. Le NHC classait le statut en ouragan de catégorie 2.

Lowell, désormais dans le Pacifique central, restait nettement le plus puissant des trois. Avec des vents soutenus de 215 km/h et une pression de 943 hPa, il était toujours en catégorie 4, à environ 800 km au sud-sud-ouest d’Hilo, à Hawaï.

Karina et Marie évoluent encore dans le Pacifique Est, défini par le NHC comme la zone située à l’est de 140W, tandis que Lowell a franchi cette limite et se trouve dans le Pacifique central, entre 140W et la ligne de changement de date.

Cette simultanéité donne donc l’image impressionnante d’une vaste portion du Pacifique tropical occupée par trois puissants ouragans distincts.

 

Lowell a atteint la catégorie 5, Karina la catégorie 4

La situation est d’autant plus remarquable que deux de ces systèmes ont connu ces derniers jours des phases de très forte intensité.

Karina a atteint la catégorie 4. Le 31 août, le NHC estimait ses vents soutenus à 125 nœuds, soit environ 230 km/h. Le lendemain encore, Karina affichait 220 km/h. Depuis, l’ouragan a amorcé une phase d’affaiblissement.

Mais c’est surtout Lowell qui s’est distingué. Le 2 septembre, le Central Pacific Hurricane estimait l'intensité à 140 nœuds, soit environ 260 km/h, faisant temporairement de Lowell un ouragan de catégorie 5. une phase d'intensité favorisé par un environnement favorable, combinant une eau de surface très chaude et un faible cisaillement vertical du vent.

Marie est arrivée plus tard dans cette séquence. Devenue officiellement ouragan dans la nuit du 2 au 3 septembre, elle s’est depuis renforcée jusqu’à la catégorie 2.

Trois ouragans actifs au même moment restent une configuration suffisamment inhabituelle pour attirer l’attention et faire le buzz dans tous les médias à travers le monde.

 

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Trois ouragans en même temps dans le Pacifique : est-ce exceptionnel ?

Rare, oui. Inédit, non.

Il faut d’abord rappeler que le calendrier n’a rien d’anormal. La saison cyclonique officielle du Pacifique Est s’étend du 15 mai au 30 novembre, et la climatologie montre que l’activité est particulièrement importante entre la fin juin et le début octobre, avec un maximum autour de la fin août. Le début du mois de septembre se situe donc en plein cœur du pic théorique d'activité.

En revanche, observer plusieurs ouragans puissants simultanément est beaucoup moins fréquent. Et un précédent particulièrement spectaculaire existe.

Fin août 2015, les ouragans Kilo, Ignacio et Jimena évoluaient simultanément dans le Pacifique Est et central. Tous les trois avaient atteint la catégorie 4.

Selon la NOAA, il s’agissait alors de la première observation de trois ouragans majeurs simultanés dans le Pacifique Est et central, mais également de la première fois que trois ouragans de catégorie 4 étaient observés simultanément dans un même bassin océanique depuis le début des observations modernes.

Le triplé Karina-Marie-Lowell de 2026 est donc remarquable, mais il ne constitue pas à lui seul un précédent historique comparable à celui de 2015.

Et le rapprochement avec 2015 est particulièrement intéressant pour une autre raison : cette année-là était elle aussi marquée par un puissant épisode El Niño.

 

Une saison cyclonique 2026 active était justement attendue

La configuration actuelle n’arrive pas complètement par surprise.

Dès le 21 mai 2026, bien avant la formation de Karina, Lowell et Marie, les tendances d'activité cyclonique de la NOAA estimait qu'une saison cyclonique plus active que la normale était le scénario le plus probable dans le Pacifique Est.

La NOAA attribuait une probabilité de 70 % à une saison supérieure à la normale, avec une fourchette prévisionnelle de :

  • 15 à 22 tempêtes nommées,
  • 9 à 14 ouragans,
  • 5 à 9 ouragans majeurs.

À titre de comparaison, la moyenne 1991-2020 est de 15 systèmes nommés, 8 ouragans et 4 ouragans majeurs.

Pour le Pacifique central, la NOAA anticipait également une saison supérieure à la normale, avec 5 à 13 systèmes d’intensité au moins égale au stade de dépression tropicale, contre une moyenne climatologique de 4,4.

Et parmi les principaux éléments avancés pour expliquer ces prévisions, figurait justement le développement attendu d’El Niño.

La NOAA écrivait explicitement que les conditions El Niño devaient favoriser davantage d’activité cyclonique dans le Pacifique Est, tandis qu’un El Niño fort est généralement associé à une augmentation particulièrement marquée de l’activité dans le Pacifique central.

La présence actuelle de Karina, Marie et Lowell correspond donc assez bien au scénario envisagé par la NOAA plusieurs mois à l’avance.

 

 

El Niño, c’est quoi exactement ?

El Niño est la phase chaude du phénomène climatique ENSO, pour El Niño-Southern Oscillation (oscillation australe).

Il ne s’agit pas simplement d’une zone d’eau chaude. C’est un phénomène couplé entre l'océan et l'atmosphère qui concerne une immense partie du Pacifique tropical.

En phase El Niño, les températures de surface deviennent anormalement élevées dans le Pacifique équatorial central et oriental tandis que la circulation atmosphérique, les alizés, les zones de convection et les précipitations se réorganisent.

Et en 2026, El Niño est désormais bien installé. Les dernière tendances disponibles, indiquaient qu’El Niño continuerait de se renforcer. 

Le CPC estime désormais à plus de 90 % la probabilité qu’El Niño devienne très fort pendant l’automne et l’hiver 2026-2027. Il existe même une probabilité de 69 % que l'indicateur RONI atteigne ou dépasse +2,5 °C sur la période octobre-décembre, ce qui dépasserait les épisodes recensés depuis 1950 selon ce critère.

Même si la prudence est de mise sur ces tendances, il n'est pas exclu qu'un événement d'une intensité potentiellement historique soit désormais possible au cours des prochains mois.

 

Pourquoi El Niño favorise-t-il les ouragans dans le Pacifique ?

Un cyclone tropical ne se développe pas uniquement grâce à la température de l’océan. Il lui faut suffisamment d’énergie océanique, beaucoup d’humidité, une capacité à évacuer l'air en haute troposphère efficace, et surtout, un environnement atmosphérique homogène en altitude, autrement dit, le moins de cisaillement vertical du vent possible.

Or, dans le Pacifique Est, El Niño tend à réduire ce fameux cisaillement, ce qui rend l’environnement plus favorable à l'intensification et au maintien de l'intensité. À l’inverse, La Niña a tendance à augmenter le cisaillement et à réduire l’activité cyclonique dans cette région.

Pour la saison 2026 précisément, les prévisions de la NOAA indiquaient des températures de surface de la mer supérieures de 0,5 à 1,5 °C à la normale dans une partie importante de la zone de développement cyclonique comprise entre 110W et 140W, ainsi qu’un cisaillement inférieur à la normale attendu sur le Pacifique tropical central.

Statistiquement, la différence est notable. Selon le Climate Prediction Center, les années El Niño produisent en moyenne 13 à 18 tempêtes nommées dans le Pacifique Est et environ 30 points d’ACE supplémentaires par rapport aux années La Niña. Dans le Pacifique central, l’activité moyenne pendant El Niño se situe entre 2 et 8 dépressions ou tempêtes tropicales, contre généralement 0 à 4 pendant La Niña.

El Niño déplace donc clairement les probabilités vers un Pacifique plus favorable à l'activité cyclonique.

 

 

Peut-on vraiment dire qu’El Niño a provoqué Karina, Marie et Lowell ?

C’est là que la nuance est essentielle. Oui, El Niño constitue aujourd’hui un facteur favorable à l’activité dans les bassins Pacifique Est et central.

La NOAA l'avait d'ailleurs identifié plusieurs mois auparavant comme l’un des principaux facteurs susceptibles de rendre la saison 2026 plus active que la normale.

Mais non, les sources officielles ne permettent pas d’affirmer qu’El Niño est directement la cause de Karina, Marie et Lowell, ni de leur apparition simultanée.

On pourrait dire qu'El Niño prépare le terrain, mais ne décide pas seul de la formation de chaque ouragan. C’est probablement la distinction la plus importante à retenir derrière les images spectaculaires de Karina, Marie et Lowell.

Le triplé observé début septembre est rare mais pas inédit. Il intervient en plein pic climatologique de la saison cyclonique du Pacifique, dans un environnement particulièrement favorable et alors qu’un El Niño déjà bien établi continue de se renforcer.

Il est donc scientifiquement solide de parler d’une activité cyclonique favorisée par El Niño.

En revanche, attribuer directement à El Niño la présence simultanée de ces trois ouragans serait trop simplificateur.

 

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