Bilan par territoire : une saison aux conséquences très inégales
Madagascar : le territoire le plus meurtri
Avec Fytia puis Gezani, Madagascar concentre l’essentiel des pertes humaines et des destructions de la saison.
Le nord-ouest, le centre, la côte est et, dans une moindre mesure, le sud-ouest ont été concernés. L’impact direct de Gezani sur Toamasina constitue le fait majeur de toute la saison cyclonique 2025-2026.
Mascareignes : aucune traversée directe, mais plusieurs menaces
Les Mascareignes ont été globalement épargnées par le cœur des phénomènes.
Rodrigues a probablement connu la situation la plus préoccupante lorsque Horacio, alors au maximum de son intensité, est passé à environ 200 kilomètres à l’est-sud-est de l’île.
Maurice est restée à l’écart des trajectoires les plus dangereuses.
À La Réunion, aucun cœur cyclonique n’a directement touché l’île. Fytia a néanmoins circulé à environ 250 kilomètres au sud-ouest et a exercé une influence périphérique.
Après Belal en 2024 et Garance en 2025, cette absence d’impact direct marque une rupture. Ce sujet mérite cependant une analyse spécifique, car le répit cyclonique s’est accompagné d’une saison des pluies particulièrement déficitaire.
Archipel des Comores et Mayotte : loin des trajectoires principales
L’archipel des Comores est resté en marge des systèmes les plus dangereux.
Mayotte n’a été sérieusement menacée par aucun phénomène, contrairement à la saison précédente marquée par Chido et Dikeledi. Une bande périphérique associée à Fytia a dégradé temporairement le temps et l’état de la mer, sans sévérité particulière.
Les autres îles de l’archipel n’apparaissent pas parmi les territoires ayant subi un impact cyclonique majeur dans le bilan régional.
Seychelles, Agaléga et nord du bassin : une activité précoce mais limitée
Chenge a circulé à proximité d’Agaléga et des îles extérieures des Seychelles durant le mois d’octobre.
Malgré une durée de vie de sept jours au stade de tempête, le système n’a pas provoqué de conséquences notables sur ces territoires.
Cette zone a surtout été concernée par le démarrage inhabituellement précoce de la saison.
Mozambique : un passage dangereux de Gezani
Le sud du Mozambique est le principal secteur d’Afrique orientale directement concerné par un cyclone cette saison.
Après sa traversée de Madagascar, Gezani a longé la province d’Inhambane avec une nouvelle intensification. Les dégâts sont restés plus localisés qu’à Madagascar, mais ils se sont ajoutés à une situation déjà difficile après les inondations du début de saison.
Plus au nord, la Tanzanie et le Kenya sont restés à l’écart des impacts cycloniques directs les plus significatifs recensés dans le bilan du bassin.
Terres australes : les cyclones ont laissé des traces jusque très au sud
La disparition des caractéristiques tropicales ne signifie pas toujours la fin des effets d’un système.
Les restes extratropicaux de Gezani ont apporté 83 millimètres de pluie sur l’archipel Crozet le 19 février. Le lendemain, une rafale de 156 km/h a été mesurée à Port-aux-Français, aux Kerguelen.
Les restes d’Horacio ont ensuite atteint l’île Amsterdam le 1er mars. Ils n’ont pas occasionné de dégâts notables, mais l’air tropical transporté par le système a fait grimper la température jusqu’à 25 °C. Ce seuil était atteint pour la première fois en mars sur l’île.

Toutes les trajectoires de la saison cyclonqiue 2025/2026 - Météo France
Un mois de mars presque vide après un cœur de saison très actif
Après la disparition d’Horacio à la fin du mois de février, les conditions deviennent nettement moins favorables à la formation des cyclones.
Un système atteint brièvement le stade de dépression tropicale en mars, pendant environ douze heures, sans devenir une tempête nommée.
Le mois se termine donc sans aucune tempête tropicale. Un tel « mois de mars blanc » n’avait plus été observé depuis la saison 2012-2013.
L’activité reprend modestement en avril avec Indusa dans l’est du bassin, puis Juluka, une tempête subtropicale formée le 27 avril au large du sud de Madagascar.
La saison s’achève ainsi comme elle avait commencé : par des phénomènes atypiques, séparés du cœur d’activité principal.
Une prévision saisonnière globalement PROCHE DE LA RÉALITÉ
Avant la saison, les prévisions envisageaient entre 10 et 14 tempêtes nommées, dont cinq à huit cyclones tropicaux.
Le bilan de onze tempêtes et six cyclones se trouve donc au cœur des fourchettes annoncées.
Les trajectoires paraboliques avaient également été identifiées comme probablement dominantes. Un risque au moins climatologique était envisagé pour Madagascar, les Mascareignes et la moitié sud du Mozambique, tandis qu’un risque plus faible était attendu sur le nord du canal.
Cette tendance s’est vérifiée pour Madagascar et le sud du Mozambique. Elle ne s’est finalement pas concrétisée dans les Mascareignes, où les systèmes ont incurvé leur trajectoire à l’est de Rodrigues ou traversé la zone dans une phase d’affaiblissement.
Ce qu’il faut retenir de la saison 2025-2026
La saison n’a pas été exceptionnelle par son nombre de tempêtes, mais elle s’est distinguée par l’intensité et la longévité de plusieurs cyclones.
Dudzai a été le phénomène le plus énergétique. Horacio a probablement atteint le pic d’intensité le plus élevé. Gezani a été le plus destructeur.
Le bilan territorial est encore plus contrasté. Madagascar a subi deux atterrissages majeurs en moins de deux semaines, tandis que les Mascareignes et l’archipel des Comores ont évité le cœur des systèmes.
À La Réunion, ce calme relatif intervient après deux saisons successives marquées par Belal et Garance. Mais l’absence de cyclone proche a aussi privé l’île d’une partie des pluies habituellement associées à la saison chaude.
Comment La Réunion est-elle passée de deux impacts directs successifs à une saison sans passage du cœur d’un cyclone ? Et ce répit peut-il réellement être considéré comme une bonne nouvelle dans un contexte de sécheresse ?
Ce sera l’objet de notre prochain décryptage.
Sources : Météo-France et Centre météorologique régional spécialisé cyclones de La Réunion. Bilan établi à partir des informations officielles disponibles pour la saison 2025-2026.