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Les saisons cycloniques tardives de l'océan indien sud-ouest

Plus que deux semaines avant la fin de l'année 2017 et toujours pas de cyclogenèse en vue dans le bassin sud-ouest de l'océan indien. La saison démarrera t-elle en 2018? La question se pose. Rares sont les saisons dont le démarrage s'est déroulé après la fin d'année au cours de ces 40 dernières années.

Comment expliquer ce retard!

Les prévisions du CMRS de la Réunion concernant la saison cyclonique 2017/2018 du bassin sud-ouest de l'océan indien tablaient sur un démarrage tardif. Le moins que l'on puisse dire, c'est que pour l'instant, ces prévisions s'avèrent justes. Alors que nous entamons la dernière quinzaine de décembre, autrement dit la dernière ligne droite avant la fin d'année, aucun système n'a été baptisé, contrairement au bassin sud-est qui en est déjà à 2 systèmes (CEMPAKA & DAHLIA). Et si l'on observe les tendances à moyenne et longue échéance, il semblerait bien qu'il n'y ait rien en vue. Mais comment expliquer une telle situation? Ce n'est pas faute d'avoir essayé! Plusieurs minimums ont bien tenté de se creuser significativement au cours de ces dernières semaines. Mais tous, se sont heurtés au même problème, à savoir, des conditions bien trop sèches.

Les prévisions d'avant saison du CMRS de la Réunion, anticipaient déjà un démarrage tardif de l'activité cyclonique, en raison de conditions anormalement sèches sur la partie Est du bassin sud-ouest, qui est pourtant la zone de naissance privilégiée des premiers systèmes de la saison. Pour contrecarrer cette anomalie, le retour du flux de mousson en provenance de la mer d'Arabie, devait être l'élément salvateur pour permettre le lancement de la saison. Or, malgré que celui-ci soit bien présent, toujours pas de cyclogenèse viable. En réalité, la situation ondulatoire de la circulation atmosphérique proche équatoriale est actuellement défavorable, caractérisée par une Oscillation de Madden-Julian (MJO) en phase sèche dans l'océan indien, et une onde de Kelvin en phase négative. En d'autres termes, l'atmosphère est toujours bien trop sèche et peu propice au développement d'une activité convective suffisante, pour permettre le creusement significatif d'un système embryonnaire.

Un démarrage après la fin d'année c'est plutôt rare

Au départ, malgré la perspective d'un retard à l'allumage esquissé dans les prévisions saisonnières de novembre, la naissance d'au moins un système avant la fin d'année était quand même envisagée. Mais si rien n'est encore définitivement joué, on commence sérieusement à se demander si la saison cyclonique ne démarrera finalement qu'en 2018.

Un démarrage après la fin d'année est relativement rare. sur les 40 dernières saisons que nous avons consulté, seulement 5 ont vu le premier système baptisé après le nouvel an (1986/87, 1990/91, 1997/98, 1998/99 et 2000/01). C'est un chiffre extrêmement faible, qui démontre le caractère peu habituelle d'une telle situation. Mais, ce nombre pourrait bien encore diminuer dans l'avenir.

Si l'on regarde en détail cette liste, un doute persiste sur les saisons cycloniques 1990/91 ainsi que 1997/98. Dans les deux cas, des systèmes ont probablement atteint les critères de baptême avant la fin d'année, et ont possiblement été non baptisé à tort. Cela réduirait encore cette liste à une peau de chagrin, avec seulement 3 saisons tardives

En attendant les ré-analyses réalisées actuellement par le CMRS de la Réunion, le baptême le plus tardif du premier système d'une saison au cours des 40 dernières années, revient au cyclone tropical intense ANACELLE, qui a attendu le 8 février 1998 pour être baptisé!

A noter que la dernière saison cyclonique à avoir démarrée après le nouvel an remonte à 2000/2001. Si cette absence de baptême avant la fin d'année se confirme, ce serait une première depuis 18 ans.

Cyclone Tropical Intense Anacelle le 11 février 1998 à 1038utc (NOAA)

Cyclone Tropical Intense Anacelle le 11 février 1998 à 1038utc qui vient de passer au plus près de Maurice (NOAA)

 

Saison tardive ne signifie pas absence de risque!

Forcément, ces saisons sont statistiquement en dessous de la normale saisonnière en termes de nombre de baptême, la première partie de saison étant amputée. La palme de la moins active revient à la saison 2000/2001, ou au final 5 systèmes ont été baptisés, même s'il faut rajouter une tempête tropicale et une dépression subtropicale non baptisées en fin de saison. On serait tenté de croire machinalement que ces saisons ont été relativement tranquilles. Mais encore une fois, saison peu active ne signifie pas peu de danger pour les terres habitées.

Chacune des 5 saisons mentionnées plus haut, ont vu les terres habitées indirectement ou directement impactées par un phénomène. Lors de la saison 1986/1987, la Réunion subissait avec CLOTILDA un des pires épisodes cycloniques de son histoire; en 1990/1991, Rodrigues fut marquée à jamais par le terrible BELLA; en 1997/1998, le cyclone tropical intense ANACELLE frôlait l'île Maurice; en 1998/1999, DAVINA prenait en enfilade les Îles sœurs (la Réunion & Maurice); et enfin, le cyclone intense ANDO, premier système de la saison 2000/2001, donnait des sueurs froides à la Réunion.

 

 

La saison 2017/2018 entrera t-elle dans le club très fermé des rares saisons ayant commencé après la fin d'année? Nous aurons la réponse d'ici deux semaines. En attendant, soyez toujours vigilant et attentif à l'évolution de la situation, car, la saison ne fait que commencer et ce calme relatif ne durera pas indéfiniment. Comme le répète avec insistance le CMRS de la Réunion, "il suffit d'un seul cyclone pour connaître un impact pouvant être catastrophique".

PR

  • Source : CMRS de la Réunion / NOAA / Firinga.com
  • Image d'illustration : Cyclone ANDO le 06 Janvier 2001 à 00:27 (Météo France Océan Indien)

 

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