Jacques ravet

Un héros de guerre aux commandes du service météorologique de Madagascar de 1946 à 1961

Le 14/06/2022 à 23:07 6

Dans Cyclones du passé

Jacques Ravet, qui fut directeur du service météorologique de Madagascar de 1946 à 1961, était un héros de la Seconde Guerre mondiale. Il fit partie de ceux qui répondirent à l'appel du 18 juin 1940, lancé par le général de Gaulle. Retour sur un parcours à la fois atypique et héroïque, qui mérite d'être raconté.

Sommaire

  1. Un destin hors du commun qui débute en Polynésie française
  2. Condamné à mort
  3. Héros de guerre
  4. Le service météorologique de Madagascar
  5. 1948, le cyclone du siècle à La Réunion
  6. Pour la postérité

Un destin hors du commun qui débute en Polynésie française

Jacques Ravet est né le 2 décembre 1905 à Paris. Après l'obtention d'une licence ès-sciense, il effectue son service militaire dans l'artillerie. Démobilisé en 1928 avec le grade de lieutenant de réserve, il travaille quelques années comme ingénieur chez Philips, avant finalement de rejoindre la météorologie en janvier 1931.

Il est aussitôt affecté comme chef du service météorologique de la Polynésie française. Rapidement, il fait montre de ses qualités d'organisateur dans un territoire où tout est à faire. Dans le même temps, il proteste contre les faibles crédits alloués à son budget et les relations avec le gouverneur sont tumultueuses.

La débacle de 1940

Mais son destin et celui de tous les Français vont connaître un inattendu revirement en 1940. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage en Europe, l'armée française est en déroute. Les nazis envahissent la France et le gouvernement de Vichy sous la houlette de Pétain organise l'armistice.

Nous connaissons toute l'histoire. Le général de Gaulle refuse l'armistice, part en Angleterre et le 18 juin, appelle les Français à poursuivre le combat.

Cet appel, Jacques Ravet l'a bien entendu alors qu'il est en poste à Tahiti depuis 1937. Mobilisé comme adjoint au commandant d'armes, il refuse la démobilisation vichyste et avec un petit groupe, organise le 2 septembre 1940 un référendum dont le résultat contraint le gouverneur à quitter ses fonctions. La Polynésie rejoint donc la France libre en partie sous son impulsion.

L'appel du 18 juin

Mais voilà, de nombreuses péripéties vont se dresser sur la route de Ravet. Jalousie, complotisme, clans vont conduire à des situations plus que tendues. Toutefois, après quelques mois chaotiques, Jacques Ravet, qui est désormais commandant d'armes, peut entraîner le corps expéditionnaire qui doit être acheminé vers la Syrie.

En octobre 1941, sa vie polynésienne s'achève. Il quitte Tahiti avec le bataillon du pacifique, direction le théâtre des opérations. Fin décembre 1941, il arrive à Damas. C'est le début de plusieurs années de combat qui vont l'emmener en Afrique et en Europe.

Condamné à mort

Voilà le type de comportement qui déplaît fortement à Vichy. Tout comme pour le général de Gaulle, la réaction ne s'est pas faite attendre, et le gouvernement vichyste a bien l'intention de punir Jacques Ravet.

Toute une suite de décision a son encontre est prise. En décembre 1940, il est révoqué et en octobre 1941, il est déchu de sa nationalité française.

D'autre part, sa maison est mise sous séquestre. Il sera même l'objet de calomnie dans Gringoire, un hebdomadaire plutôt pro-vichy, pro-armistice et nationaliste.

Et enfin, le 30 mars 1942, il est condamné à mort par contumace, au tribunal militaire de Saïgon.
 

Héros de guerre

Malgré ces condamnations, Jacques Ravet a continué de marcher pour la France libre. Toujours au sein du bataillon du pacifique, il va vivre trois années au cœur de la Seconde Guerre mondiale.

Sous les ordres du général Koenig, il combat en Libye, en Tunisie, en Italie et en France, où il va notamment participer aux combats de la prise de Toulon et de Lyon.

Fin décembre 1944, soit trois ans après avoir débarqué en Syrie, il est démobilisé. Ce sera là, la fin de cette intense et dangereuse parenthèse guerrière.

Il suffit de voir ces distinctions militaires, pour se rendre compte qu'on parle bien ici d'un héros de la Seconde Guerre mondiale : officier de la Légion d'honneur, Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil (3 citations), Rosette de la Résistance, Médailles commémoratives des campagnes de Libye, Tunisie, Italie et France.

Le service météorologique de Madagascar

La guerre terminée, l'appel des outre-mer et plus fort que tout. En décembre 1946, il prend les commandes du service météorologique de Madagascar. S'il intègre un service qui fait figure de référence dans l'océan indien Sud-Ouest, et ayant une grande tradition météorologique, il s'attelait à moderniser et renouveler les équipements et installations.

Il fera notamment construire des bâtiments techniques et logements pour les directions et les stations synoptiques. Il modernise les équipements du service avec les radiosondages de Tananarive, les radiothéodolites de Fort-Duaphin, Diego Suarez et le radar de précipitations d'Arivonimamo. Puis, il contribuera  à améliorer la prévision cyclonique, avec le déploiement de stations météorologiques sur plusieurs îlots (Europa, Tromelin et les Glorieuses).

1948, le cyclone du siècle à La Réunion

C'est sous sa direction que l'île de La Réunion connaîtra le pire épisode cyclonique de son histoire. En janvier 1948, c'est le service météorologique de Madagascar qui eut la responsabilité de suivre l'évolution du si tristement célèbre cyclone 48.

C'est grâce à une étude complète et détaillée publiée le 31 janvier 1948, signée Jacques Ravet, que l'on sait avec précision le déroulement de l'épisode et la chronologie des faits.

Cyclone 1948 cyclone du siècle La Réunion

La qualité du travail permet d'avoir une vision claire de l'évolution du cyclone le plus marquant de l'histoire réunionnaise. L'étude est si précise, qu'on a parfois du mal à croire qu'elle fut réalisée à une époque où les satellites et les modèles de prévision n'existaient pas.

Cela en dit long, sur le niveau du service météorologique de Madagascar à cette époque. De la détection du cyclone près de Saint-Brandon, à l'issue finale défavorable pour l'île, cette étude est une mine d'or météorologique qui nous transporte plus de 70 ans en arrière.

Pour la postérité

Sous la direction de Jacques Ravet, le service météorologique de Madagascar a peut-être connu son âge d'or. Le nombre d'atlas, de revus ou d'études sur les saisons cycloniques des années 50 ont permis d'en apprendre plus sur le climat de la grande île et sur les cyclones du Sud-Ouest océan indien.

En janvier 1953, c'est Tananarive qui eut l'honneur d'être l'hôte de la première session de l'association régionale d'Afrique (AR I). On peut sans doute y voir là une reconnaissance de l'organisation météorologique mondiale pour le service météorologique de Madagascar.

L'indépendance va mettre fin aux bons et loyaux services de Jacques Ravet pour Madagascar en avril 1961. Il prend brièvement la tête de la délégation générale de la météorologie française dans l'océan indien, avant de rejoindre l'inspection générale de l'aviation civile et de la météorologie.

Au moment de quitter Madagascar, peut-être aura-t-il comme rare regret, celui de ne pas avoir pu trouver de solution pour lutter contre la sécheresse endémique du Sud de la grande île. En effet, ce problème ne date pas d'aujourd'hui, et Jacques Ravet a tenté des expériences de pluie provoquée et installé des collecteurs de rosée. Malheureusement, les résultats furent décevants.

La fin d'un héros

En décembre 1971, Jacques Ravet prend une retraite bien méritée et s'éteint le 5 décembre 1983 à Paris. C'est ainsi que s'achève l'incroyable destin de ce héros qui a risqué sa vie pour la France et tant apporté à la météorologie dans le Sud-Ouest océan indien. Il laisse le souvenir d'un homme droit, rigoureux, organisateur de talent, et faisant passer le devoir avant tout.

PR

 

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Commentaires

  • Margaux Ravet

    1 Margaux Ravet Le 09/04/2024

    Je suis la petite fille de Jacques Ravet ! Ravie de lire ce bel article lui rendant hommage. Comment avez-vous eu toutes ces sources ?
    patrabeson

    patrabeson Le 18/05/2024

    Bonjour, je suis honoré que la petite fille d'un tel héros ait eu accès à cet article. Ces informations je les ai trouvées en fouillant les archives départementales de La Réunion et internet au sujet du cyclone de Janvier 1948. Suite à ces recherches, j'ai appris que votre grand-père était directeur du service météorologique de Madagascar jusqu'à l'indépendance de la grande île, ce qui m'a permis de découvrir son parcours héroïque. Sa contribution pour la météorologie et le suivi cyclonique dans le Sud-Ouest océan indien est inestimable. Il fait figure de pionnier et méritait pleinement une mise à l’honneur sur mon blog.
  • Mia

    2 Mia Le 16/06/2022

    Toujours très complet les thématique du blog !
    Merci !
    patrabeson

    patrabeson Le 17/06/2022

    Merci Mia
  • Cyril

    3 Cyril Le 16/06/2022

    Bonjour,

    Merci pour la diversité des sujets traités par votre site.
    Ce parcours était très intéressant, merci de nous l'avoir partagé !
    patrabeson

    patrabeson Le 16/06/2022

    Merci beaucoup pour votre commentaire. C'est un plaisir pour moi d'évoquer le sujet de la météorologie et cyclonique dans sa diversité. PR

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