Cyclone colina 1993 la reunion

Le dernier oeil !

Le 11/01/2023 à 11:35 1

Dans Cyclones du passé

Il y a 30 ans, les réunionnais voyaient pour la dernière fois l'œil d’un cyclone. Colina est le dernier phénomène dont la zone de calme centrale soit directement passée sur l’île de La Réunion. Voici le récit de cet événement cyclonique.

1 - 1993, une autre époque…

Il y a 30 ans, on peut dire qu’il y avait de l’animation dans le bassin Sud-ouest de l’océan indien. Au cœur du mois de janvier 1993, le système Colina tenait en haleine les réunionnais. Laissez moi vous raconter l’histoire de ce météore passé aux oubliettes et qui pourtant m’a marqué.

Mais avant, rappelons un peu le contexte de l’époque. Il y a 30 ans, pas de smartphone, pas d’internet, pas de réseaux sociaux. Les seuls moyens de s’informer sont les bulletins météo télé (1 ou 2 fois par jour), le journal télévisé, la radio et pour les très passionnés comme moi, le répondeur téléphonique automatique de Météo-France surtaxé.

Il y a 30 ans, la façon de suivre les cyclones était diamétralement opposée à celle d’aujourd’hui. En 2023, on est capable d’anticiper la naissance d’une tempête des jours à l’avance ainsi que la philosophie de trajectoire. De nos jours, nous sommes inondés d’images satellites en temps réel, de modèle de prévision permettant à n’importe qui de s’amuser à être prévisionniste. Et enfin, les médias et les réseaux sociaux nous abreuvent d'informations en permanence.

En 1993 rien de tout cela. Il fallait être patient et se contenter de ce que la télé et la radio nous offraient et ce à intervalle très espacé. Les passionnés comme moi se servaient de la fameuse carte cyclone qui permettait de tracer soit même la trajectoire, à l’aide des points diffusés dans les rares médias de l’époque.

Et oui, c’est un autre temps. D’ailleurs, racontez moi en commentaire vous qui avez vécu cette époque, comment vous faisiez pour suivre les cyclones et pour vous informer.

2 - Tout commence le 11…

Venons-en maintenant à Colina. Son périple débute le 11 janvier au cours d'une saison cyclonique 1992/1993 pas vraiment folle. Ça bouge dans la zone de convergence intertropicale pas trop loin des Chagos. Une cyclogenèse est en route. 

Le 14, le système se déplace vers l’Ouest et le 15, le stade de tempête tropicale modérée est atteint. Le phénomène est baptisé Colina par le service météorologique de Maurice. À partir de ce moment, la population commence à être informée de l’existence du système.

Le 16, la tempête qui continue de se renforcer commence à virer vers le Sud-ouest. Dès lors, Colina devient une menace pour les Mascareignes, tandis que le système devient forte tempête tropicale le 17. 

Du haut de mes 11 ans, j’étais déjà très intéressé par les cyclones. Immédiatement après avoir eu vent de l’existence de ce phénomène, j’ai commencé à le suivre via les moyens à disposition de l’époque.

Durant la journée du 18, mon oreille est scotchée à la radio pour ne rater aucun point sur l’évolution du phénomène. Je me souviens encore de l’animateur d’une radio très connue de l’île, décrire la trajectoire de Colina comme étant tournée droit vers La Réunion. 

Dans la nuit du 18 au 19, le stade de cyclone tropical est atteint. L'œil qui mesure une quarantaine de kilomètres est désormais bien visible sur les images satellites. Moi qui habitais le front de mer de Saint-Denis, cette nuit m’évoque beaucoup de vent et une mer très bruyante en raison de la houle cyclonique.

3 - En plein dans le mille !

Lorsque je me réveille au matin du 19, je constate que le temps s’est détérioré. On sent clairement la présence du cyclone qui se trouve pile au Nord de l’île. Le ciel est couvert avec une pluie fine, alors que des bourrasques de vents assez fortes soufflent par moment.

À la télé, on découvre la dernière trajectoire. Si la nuit dernière Colina semblait vouloir glisser à l’Ouest, on se rend compte que le cyclone descend droit vers La Réunion.

Pour le moment nous sommes en alerte 2 et l’activité économique se poursuit. Les gens sont donc partis travailler mais pas pour très longtemps. En effet, l’alerte 3, niveau maximal de l'ancien plan ORSEC cyclone est déclenchée à 10h.

La Réunion attend Colina. Durant le reste de la matinée voire jusqu’à la mi-journée il n’y pas d’évolution majeure. Finalement, le cyclone se dévoile dans l’après-midi. En réalité, Colina est semble t-il resté coincé au Nord de La Réunion. Son mouvement a probablement été temporairement altéré par le relief de l’île.

Après ce blocage, le mur de l'œil de Colina aborde les côtes réunionnaises par le Nord. Dès lors, La Réunion est impactée par des conditions cycloniques violentes. De là où je suis, je me trouve en première ligne du mur de l'œil. Cette expérience va me marquer.

Pour la première fois de ma vie, j’observe une dégradation de cette intensité. Je suis subjugué par la force des rafales qui frappent régulièrement comme des coups de boutoirs. Le bruit est assourdissant et on a l’impression qu’une personne à l’extérieur tente d’ouvrir les volets. Chaque rafale est accompagnée par le bruit de choses emportées par le vent.

4 - Et l'œil arriva…

Ce déchaînement de la nature dure tout l’après-midi. La lumière est vacillante et on se demande combien de temps le courant va tenir. On décide de sortir les bougies et les allumettes au cas où. À la télé, on nous annonce que le pire est à venir et que les rafales pourraient atteindre les 250 km/h dans les hauts. À la radio, on parle de l’éventualité d’être concerné par l'œil du cyclone.

Puis, tout semble s’apaiser. Nous avons du mal à comprendre ce qu’il se passe en dehors. On commence à entendre des gens parler en extérieur, ce qui signifie qu’on peut sortir. On décide d’ouvrir les volets et à notre stupéfaction, c’est le calme absolu. Comme annoncé à la radio, nous étions dans l'œil de Colina.

Oeil du cyclone Colina le 19 Janvier 1993 à 18h15 (loc)

Oeil du cyclone Colina le 19 Janvier 1993 à 18:15 (loc) via le radar - Source : Météo-France

Les gens du quartier observent les dégâts et font les premières constatations. On entend les bruits de marteaux de ceux qui s'affairent à consolider ce qui le peut encore. On entend également en bruit de fond la houle cyclonique qui rugit furieusement. 

L’image qui me reste en tête, c’est le cocotier du voisin d’en face, plié quasiment à 90° sur le côté. Rien d’étonnant dans la mesure où les rafales ont soufflé jusqu’à 190 km/h sur le Nord. Comment a-t-il fait pour ne pas se briser en deux. Ce cocotier a fait preuve d’une étonnante souplesse et résistance.

5 - Après 30 minutes d’un calme lunaire…

La nuit est tombée. Le courant a tenu le coup durant la première salve. À l’extérieur, les lampadaires qui sont restés debout se sont allumés. Soudainement, le vent fait son retour en soufflant dans le sens opposé.

La zone de calme centrale poursuit sa route vers le Sud. L’île est maintenant sous l’influence du deuxième mur de l'œil. Cette partie sera moins dense et moins violente que la première. D’ailleurs, à part la reprise du vent, je ne garde pas de souvenir de l’après œil.

6 - Pauvre cocotier…

Le lendemain, les conditions météorologiques se sont largement améliorées. Colina s’évacue rapidement vers le Sud. Le cyclone n’aura pas fait de victime directe. En revanche, on déplore 2 victimes indirectes, une suite à un accident de voiture et une seconde suite à un accident domestique qui n’avait pu être évacué en raison des mauvaises conditions météorologiques.

Colina à La Réunion c’est 205 km/h à la plaine des palmistes, 194 km/h à gros piton Sainte Rose et 191 km/h à Gillot. Ces valeurs ont sans doute été supérieures dans les hauts. En effet, un pylone EDF censé résister à des vents de 250 km/h a été abattu dans les hauts de Saint-Denis. 

Colina image IR via noaa12 le 19 01 1993 à 19:37 (loc)

Cyclone Colina image dans le canal IR via le satellite noaa 12 le 19 01 1993 à 19:37 (loc) - Source : Météo-France

Il est fort probable que bon nombre de réunionnais ont oublié Colina. Pourtant, il fut le dernier cyclone à nous offrir son œil, 30 ans qu’une telle situation n’est plus arrivée. Personnellement, vivre le passage du mur de l'oeil et de la zone de calme centrale fut un événement qui m'a marqué et m'a conforté dans ma passion pour les cyclones.

Quant au cocotier du voisin, aidé par les vents contraires à l’arrière de l'œil, il s’était quelque peu redressé. Malheureusement pour lui, il fut bien trop fragilisé par ce grand écart est dû être abattu. En effet, il pouvait chuter à tout instant et représentait un trop grand risque pour la maison du voisin.

Si vous aussi vous avez vécu Colina, racontez en commentaire votre expériece de ce cyclone.

PR

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Commentaires

  • Mia

    1 Mia Le 11/01/2023

    Quel titre évocateur, Collina j'avais dans la 20taine, je commençais à travailler
    Mon cyclone à moi c'est Firinga, j'avais 9ans !

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