Michaël LAURET nous parle de ce fameux cyclone qui l'a tant marqué

Michaël LAURET, présentateur TV à Réunion 1ere nous raconte avec passion le cyclone qui l'a tant marqué. Curieusement, ce cyclone n'a jamais touché la Réunion.

Une saison cyclonique exceptionnelle

Nous sommes en mars 1994, à la fin d'une saison cyclonique qui aura tenu en haleine tout le bassin sud-ouest de l'océan indien pendant 6 mois. Cette exceptionnelle saison fut terrible pour Madagascar qui subit 3 impacts catastrophiques dont le cyclone très intense GERALDA. La Réunion et Maurice ont, quant à elles, souffert du cyclone HOLLANDA et l'île Rodrigues expérimenta le cyclone IVY.

En 1994, un jeune enfant âgé de 8 ans est pris de passion pour les cyclones tropicaux. Il est si passionné qu'il s'est constitué un véritable dossier sur ces phénomènes depuis la saison 1992/1993. Par chance, son voisin est un ingénieur de Météo France. Celui-ci qui a vu la passion chez cet enfant lui ramène régulièrement des images satellites de cyclone. En ce mois de mars 1994, cet ingénieur lui apporte une immense image satellite du cyclone LITANNE.

Ce phénomène, qui fait partie du top 5 des cyclones les plus puissants de l'histoire du sud-ouest de l'océan indien, menace la Réunion. Après une trajectoire plein ouest, le système dévie de son cap initial pour filer vers le sud-ouest. L'île passe en alerte et le jeune Michaël commence à suivre de très très près le météore.

Le terrible dilemme du passionné

En 1994, internet n'en était qu'à ses balbutiements. Les réseaux sociaux n'existaient pas et nous étions encore loin de l'ère de l'immédiateté et de l'instantanéité qui caractérise tant notre époque actuelle ! Les seuls moyens de s'informer sont la télé, la radio et sa petite carte cyclonique en papier. 

Michaël note sur un petit carnet toutes les informations concernant l'évolution du phénomène. Il ne rate aucun point diffusé à la radio, car il faut les noter, reporter manuellement sur sa carte cyclone et tracer soi-même la trajectoire.

Le dimanche 14 mars, la Réunion passe en alerte 2 en début d'après-midi. La menace se précise ! C'est un cyclone tropical très intense qui fonce vers le département. Un sentiment étrange s'empare alors du petit Michaël.

Une journée de dimanche inoubliable!

D'un côté, l'excitation et l'envie de vivre ce cyclone qu'on annonce comme un possible Big One est à son comble. Mais d'un autre côté, la crainte est aussi bien présente. Marqué par le cyclone COLINA en janvier 1993, il sait que LITANNE est d'un niveau supérieur et que ces effets seront terribles pour l'île. 

Cette journée de dimanche sera rythmée par les différents bulletins annonçant l'approche continue du cyclone. Il fait beau, le ciel est dégagé et un vent soutenu souffle sur l'île. Une formidable houle cyclonique commence à déferler avec virulence sur le littoral nord de l'île.

Les badauds sont venus nombreux tout le long du front de mer de Saint-Denis pour admirer l'impressionnant spectacle de la houle s'écrasant sur le rivage. On sent que quelque chose d'historique se prépare pour l'île.

Le dimanche soir, Michaël s'endort en sachant qu'il n'y a pas école le lendemain et que la journée s'annonce musclée. Mais il est loin de se douter qu'un coup de théâtre l'attend au bout de cette nuit de dimanche à lundi.

Coup de tonnerre!

Nous sommes le lundi 14 mars au petit matin. La Mère de Michaël le réveille, il faut se préparer pour aller à l'école. Comment ? Pourquoi ? Il ne comprend pas ! Il est persuadé que le cyclone arrive. Sa Mère l'annonce que non, le cyclone s'éloigne de l'île. Il fait d'ailleurs très beau ce lundi matin et rien à part la houle n'indique la présence d'un tel cyclone dans les parages.

La petite faiblesse dans laquelle LITANNE s'était engouffré et qui dirigeait le cyclone vers la Réunion s'était refermée. Les hautes pressions subtropicales se sont reconstituées au sud du phénomène, qui n'avait d'autre choix que de redresser sa trajectoire en direction générale de l'ouest.

Pas de Big One, alerte levée à 6h et l'obligation pour tous les écoliers, collégiens et lycéens de prendre contre toute attente le chemin de l'école en ce radieux lundi matin. Le coup est rude et nombreux étaient les jeunes et adolescents qui maudissaient LITANNE à cet instant.

La Réunion a eu de la chance!

Une vingtaine d'années plus tard, Michaël se souvient encore de ce moment. Bien que ce cyclone n'a heureusement pas impacté l'île, le souvenir de l'approche et du coup de théâtre final font que LITANNE est resté gravé dans sa mémoire.

Avec le recul et la maturité de l'âge, il se rend compte que l'île a eu beaucoup de chance d'échapper à ce monstre. Mais il fait également le constat que la Réunion a été plutôt épargnée et privilégiée ces dernières décennies.

Il est vrai que des cyclones comme GAMEDE, BEJISA ou FAKIR ont causé bien des soucis. Mais tous ces événements cycloniques à part DINA, restent mineurs par rapport à des catastrophes cycloniques du passé.

En d'autres mots, l'île a déjà connu bien pire, et toute une génération de Réunionnais ne l'a encore jamais vécu...

 

PR

Merci à Michaël LAURET pour son formidable témoignage et son récit passionné et passionnant. 

Vous avez vécu un cyclone qui vous a marqué? Partagez avec nous cette expérience

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