20180224

Anomalie chaude bien établie sur le bassin sud-ouest de l'océan indien

Surveiller l'état de la température de la surface de l'océan (SST) est primordial, dans la mesure ou elle a des répercussions sur l'activité cyclonique et l'évolution d'un cyclone. Alors que certains signaux indiquent une réactivation prochaine du bassin, voyons dans quel état se trouve l'océan indien sud-ouest.

Energie cinétique

Savez-vous qu'un cyclone puise sont énergie de la chaleur contenue dans les couches superficielles de l'océan? En terme plus technique, on dit que le cyclone tire son énergie de la conversion en énergie cinétique de la chaleur latente, résultant de l'évaporation sur les eaux chaudes des océans tropicaux. Cette conversion se traduit par la formation des nuages convectifs, au sein du cyclone. Plus la température de la surface de l'océan sera chaude, plus le météore bénéficiera du contenu énergétique nécessaire pour se former, survivre ou se développer. 

Processus formation cyclonique

Une température de 26°c ou 26.5°c sur 50m de profondeur serait la condition minimale acceptable en terme de chaleur, pour permettre le maintient ou le développement d'un système dépressionnaire tropical. Lorsque le contenu énergétique devient trop marginal pour entretenir l'immense machine à vapeur qu'est un cyclone, celui-ci ne se développe pas ou s'affaiblit jusqu'à perdre ses caractéristiques tropicales. Même s'il ne s'agit pas des seules conditions pour permettre la formation ou l'intensification d'un cyclone, les SST (acronyme anglais de Température de la Surface de l'Océan) sont un des paramètres impactant la vie de ces phénomènes.

Surveiller la température de la surface de l'océan, c'est en quelque sorte regarder si un cyclone aura à sa disposition de suffisamment de carburant pour faire tourner la machine. Voyons alors dans quel état se trouve donc le bassin sud-ouest de l'océan indien.

plus de carburant à la fin janvier!

Après un mois de janvier hyper actif, marqué par la formation et l'évolution sur le bassin sud-ouest de l'océan indien de 4 cyclones, les SST avaient pris un sérieux un coup. La carte ci-dessous, montre l'anomalie de température de l'océan indien en date du 22 janvier 2018. Plus c'est orange, plus cela indique des températures plus élevées que la moyenne, tandis que le bleu représente des températures en dessous de la normale. On peut voir que le bleu est largement majoritaire sur le bassin sud-ouest. Le cyclone tropical AVA a refroidit l'océan à l'Est de Madagascar, alors que BERGUITTA a laissé un trou bleu entre Maurice et Rodrigues, du fait de son lent déplacement.

Sst 22 01 2018

Lorsqu'un cyclone évolue sur l'océan, il impact la température en refroidissant la surface de l'océan sous l'effet des vents, et de ce que l'on appelle le mélange turbulent vertical, qui est le processus dominant dans le refroidissement de la couche de mélange océanique. Un autre phénomène se met également en place que l'on appelle Up-Welling. Les vents cycloniques soufflant à la surface de l'eau, entraînent une divergence des courants, contribuant à faire remonter à la surface des eaux plus froides.

Le bassin a fait le plein de carburant en février

Un mois après, la situation a grandement évolué. Une large anomalie positive s'est installée sur quasiment l'ensemble du bassin sud-ouest de l'océan indien (qui s'étend pour rappel jusqu'à 90E). Cette anomalie positive est d'ailleurs très marquée au nord-est de Madagascar et sur les Mascareignes avec jusqu'à +1°c voire +2°c par rapport à la normale. Le contenu énergétique disponible s'est donc bien rétabli durant ce mois de février, ce qui n'a rien d'étonnant étant donné que nous sommes au cœur de l'été Australe.

Sst 22 02 2018

A contrario, une anomalie négative est en place au sud du canal du Mozambique et au sud de Madagascar. Selon le Centre Régional Météorologique Spécialisé cyclone (CMRS) de la Réunion, il semblerait d'après une étude statistique, qu'une anomalie négative dans cette région, sur la période Janvier, Février et Mars, a tendance favoriser l'activité cyclonique sur le bassin.

Pour l'anecdote, si vous regardez du côté du pacifique sud-ouest, vous pourrez deviner le chemin emprunté par le cyclone tropical GITA, en recherchant les zones ou l'anomalie est négative.

Redémarrage de l'activité cyclonique en Mars ?

Si la probabilité d'un redémarrage de l'activité cyclonique durant la première décade de Mars est en augmentation, il est prématuré pour faire quelconque supposition. Des captures d'écran de simulation de modèle de prévision vont très certainement fleurir sur les réseaux sociaux. Mais comme d'habitude, je réitère ce que je dis depuis toujours, ayez du recul vis à vis des modèles, et veillez à ne pas être complice du lancement de fausses rumeurs qui pourraient être récupérées par certains médias, à l'affut du moindre buzz.

PR

  • Source : NOAA / CMRS de la Réunion
  • Image d'illustration : NOAA
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