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Rue de la Cité Moril Fontaine après Denise (Delcampe.net)

CT DENISE, janvier 1966

Le 7 Janvier est une date spéciale pour la Réunion, dans la mesure où par le plus grand des hasards, l'île a été impactée par 3 systèmes à cette même date : 7 Janvier 1966 (DENISE), 7 Janvier 1979 (BENJAMINE) et 7 Janvier 1981 (FLORINE). Mais celui qui retient notre attention aujourd'hui est le cyclone DENISE, dont l'œil a traversé la Réunion. Revenons en détails sur cet épisode grâce à une étude très intéressante, réalisée par les services météorologiques de l'époque. Nous sommes 4 ans après le fameux Cyclone JENNY. Pas de satellites géostationnaires apportant des images régulière comme aujourd'hui, ni de modèles de prévisions numériques.

Formation et évolution jusqu'au 7 Janvier 66

Le 2 janvier, la ZCIT est active avec une cyclogenèse en cours à l'est sud-est de DIEGO GARCIA. Le 3, le système atteint le stade de Dépression Tropicale est sera baptisée DENISE. D'après l'étude, il semblerait que l'alimentation en basse couche était bonne côté Alizé et côté Mousson entraînant le renforcement de DENISE. Le 5, le stade de cyclone tropical est atteint selon le service météorologique de l'époque. Le 6, DENISE s'engage dans le triangle Saint Brandon-Maurice-Rodrigues. Le 7 janvier à 7TU (10h Mascareignes), la trajectoire s'oriente vers le sud-ouest et le cyclone passe alors à moins de 100 km au nord nord-ouest de Maurice où des rafales de 170 km/h sont enregistrées. 

Pas de modèles mais des statistiques

L'épisode DENISE nous permet d'en apprendre un peu plus sur la manière d'évaluer le risque cyclonique à l'époque pour la Réunion. De nos jours, les progrès réalisés dans le domaine de la prévision cyclonique, grâce aux modèles de prévisions numériques, permettent d'anticiper longtemps à l'avance une cyclogenèse et d'avoir une fiabilité de plus en plus grande sur les prévisions de trajectoire à moyenne ou courte échéance. En 1966, point de modèles numériques. Néanmoins, les prévisionnistes utilisaient les statistiques pour déterminer le niveau de risque pour la Réunion lorsqu'un cyclone se présentait. Le cas DENISE est très bien détaillé dans l'étude.

Dès le 3 Janvier, l'atelier mécanographique de Météo France, recherche parmi les 700 trajectoires répertoriées depuis 1848, celles dont le point de départ initial correspond à celui de DENISE. Parmi ces 700 trajectoires, 15 sont retenues et divisées en 2 groupes. Dans le premier, était classé 8 trajectoires avec un recourbement et passage à l'Est de Rodrigues, donc sans influence pour la Réunion. Ensuite, était classé dans le deuxième groupe, 2 systèmes passant entre Rodrigues et Maurice, 2 entre la Réunion et Maurice et 3 au nord des Mascareignes. Au 3 Janvier, le risque que la Réunion soit affectée par DENISE était donc de 30% selon ces statistiques. 

Le 4 Janvier, en poursuivant une direction sud-ouest, le premier groupe se retrouve donc éliminé ne restant plus que le groupe de système ayant influencé plus ou moins le temps à la Réunion et augmentant du fait le risque pour l'île. Météo France alerte à partir de ce moment la Préfecture et des bulletins sur la position et l'évolution du cyclone sont diffusés à la radio.

Le 6 Janvier, étant donné la trajectoire toujours sud-ouest, il y a peu de chance que le cyclone passe entre Maurice et Rodrigues. De plus, la trajectoire de DENISE présentait des similitudes avec celle du cyclone 1848 et JENNY (1962). La Préfecture qui est informée de la situation met en place les services de sécurité et déclenche l'alerte 1 à 18H. Lors du bulletin télévisé du soir, il est annoncé le passage à proximité de la Réunion du cyclone pour demain. 

Cette méthode de prévision statistique est en quelque sorte l'ancêtre des modèles numériques de prévisions moderne. Si elle comportait des limites, l'étude souligne le fait qu'elle apportait une aide précieuse aux prévisionnistes de l'époque.

L'oeil du cyclone traverse la Réunion

Le 7 Janvier, à partir de 6H45, des bulletins spéciaux sont diffusés toutes les heures. La mer est forte sur le nord-est et le sud, alors qu'il est encore calme dans l'ouest. A 10H, les premiers échos commencent à apparaître sur le radar du CHAUDRON et à 13H30, les bandes spiralées sont de plus en plus nettes. A 14H, le préfet déclenche l'alerte 2 et dans l'après-midi, le vent de secteur sud-est se renforce progressivement sur l'est et le sud. A 19H, l'alerte 3 signifiant l'imminence du danger est déclenchée et à 19H15, l'ensemble de la structure de DENISE est visible sur le radar. Le cyclone qui se déplaçait à 15 km/h accélère brutalement jusqu'à 35 km/h. A 21H, l'œil semble apparaître sur le radar représenté par un cercle de 18 km de diamètre. La structure de DENISE s'ébranle au fur et à mesure qu'il s'approche de la Réunion. Cette fois, la mer est forte sur l'ensemble de l'île et les conditions cycloniques se font ressentir d'abord sur l'est, le nord, le sud et le centre de la Réunion, puis comme d'habitude en dernier lieu sur l'ouest. A 22H, les vents les plus forts déferlent et le radar est hors d'usage à 22H20.

C'est à partir de ce moment que les rafales les plus fortes semblent être enregistrées :

  • 180 km/h au CHAUDRON (nord) à 22H20
  • 171 km/h à BEAUVALLON (est) à 22H50
  • 167 km/h à SAINT PIERRE (sud) à 23H45
  • 150 km/h à VUE-BELLE (ouest) à 23H55

A 23H45, DENISE qui est finalement revenu à une vitesse de déplacement de 25 km/h, passe au-dessus d'HELL-BOURG et ressort au niveau de la POINTE au SEL (sud-ouest) à 00H45, le 8 Janvier. Le vent qui est à présent beaucoup moins fort, avec des rafales n'excédant pas les 100 km/h, s'oriente progressivement au secteur nord puis nord-ouest. Les précipitations restent toujours très importantes, l'amélioration du temps n'intervenant que le 9 Janvier.

Si l'impact du vent sur l'île a été modeste malgré le fait que le mur de l'œil ait touché le département, DENISE fait tout de même parti des cyclones marquants de la Réunion. La Réunion et la station Foc Foc, détient depuis 50 ans grâce à DENISE, le record mondial de cumul de précipitation sur 24H (1825mm) et 12H (1144mm). On déplore 3 décès et des dégâts importants sur les infrastructures routières et dans le domaine agricole. La gestion de la crise a était bien gérée par le service météorologique de l'époque et la Préfecture selon le rapport. Sans doute que les leçons du cyclone JENNY qui avait ravagé l'île 4 ans avant, ont été bien retenues par les différents acteurs locaux de la sécurité civile de 1966.

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