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Oeil du cyclone GAFILO le 06 mars 2004

CTTI GAFILO, mars 2004

Mars 2004, c'était il y a 10 ans déjà, mais nous nous en souvenons comme si c'était hier. Alors que nous sommes au cœur de la saison 2003/04, tous les indices convergent vers la survenue d'un épisode cyclonique majeur, quelques semaines après le cyclone intense FRANK. Si nous nous attendions à un phénomène particulièrement intense, la réalité est allée bien au-delà, avec des conséquences dramatiques sur les populations, notamment pour Madagascar, déjà sérieusement secoué par la forte Tempête ELITA fin Janvier.

Oeil du cyclone GAFILO le 06 mars 2004

Naissance d'un monstre

Au niveau du contexte, nous sommes au cœur de la saison cyclonique, au moment où le potentiel énergétique de l'océan indien sud est à son maximum. Le 1er mars, l'activité convective est présente dans le secteur des Chagos, avec une circulation dépressionnaire fermée. Le lendemain, l'activité nuageuse s'organise autour de ce minimum. Dans la nuit du 2 au 3 mars, le système se déplace vers l'ouest tout en accélérant jusqu'à la vitesse de 40 km/h. Dans la matinée du 3, le stade de Tempête Modérée est déjà atteint, GAFILO est né. Le 4, après avoir ralenti, un œil apparaît et le stade de cyclone est estimé atteint dans l'après-midi. Le cyclone se trouve à cet instant à 340 km au sud-est d'Agelga, tout en poursuivant un déplacement ouest sud-ouest. Le système présente déjà une impressionnante structure, avec une large circulation dépressionnaire et une vaste extension nuageuse.  Le 5, après avoir laissé planer le doute sur un changement de cap plus menaçant pour les Grandes Mascareignes, GAFILO poursuit finalement son inexorable route vers Madagascar. Au cours de cette même journée, le système va connaître une évolution de derrière les fagots. Le 6, à 00utc, le stade de cyclone très intense est atteint, au terme d'une intensification explosive, qui s'explique par l'absence totale de cisaillement, par la mise en place de deux canaux d'évacuation sur la face polaire et équatorial. Autre point non négligeable, GAFILO a suivi une trajectoire zonale, permettant au cyclone d'évoluer sur des eaux à fort potentiel énergétique. Au plus fort de son intensité, GAFILO a généré des rafales de l'ordre de 333 km/h et la pression sera descendue jusqu'à 895 Hpa. Le bassin sud-ouest de l'océan indien n'avait plus connu une telle démonstration de force depuis GERLADA en 1994. 

Madagascar impacté de toute part

Si l'archipel des Mascareignes est resté loin du centre, elle subira quand même des conséquences indirectes. Mis à part les nuages en périphérie du système qui ont apporté un temps quasi pré-cyclonique sur la Réunion et Maurice, l'élément le plus marquant sera la puissante et vigoureuse houle cyclonique qui a déferlé sur les îles. Néanmoins, tout cela n'est rien en comparaison de ce que va endurer Madagascar. Après un léger affaiblissement résultant d'un cycle de l'œil, GAFILO touche les côtes nord-est de la Grande Île dans la nuit du 6 au 7 mars, à 30 km au sud d'Antalaha, qui sera détruite à 85%. Si aucune mesure fiable n'a pu être faite, les rafales ont sans doute approché les 300 km/h, dans la zone d'impact des vents les plus forts. GAFILO traverse Madagascar d'est en ouest, semant désastre et désolation sur son parcours meurtrier. Bien que ne se trouvant pas sur son trajet direct, l'ouest de Madagascar ne sera pas en reste. Des vents violents sont enregistrés sur la ville de Mahajunga dans la nuit du 7 au 8 mars, avec des rafales de 160 km/h, alors que GAFILO ressort dans le canal du Mozambique, à plusieurs centaines de kilomètre au sud de la ville. Le 9 mars, s'être requinqué, GAFILO change de cap et effectue un retour vers Madagascar, qu'elle frappe pour la 2e fois au niveau de Morombe, au stade de Forte Tempête. Le système, restera sur terre jusqu'au 13 mars provoquant au passage de forte pluie, avant de ressortir dans l'océan indien. Le bilan du périple de GAFILO sur la Grande Île est catastrophique, puisqu'on dénombre 283 décès et des dégâts impressionnants.

GAFILO un cyclone dans l'air du temps

GAFILO fait partie de ces géants dont l'océan indien est capable de générer épisodiquement. Au-delà de l'intensité titanesque atteint et du colossal impact sur Madagascar, l'épisode GAFILO est intervenu au moment de l'accélération de la démocratisation de l'outil internet. Par conséquent, il nous a été possible de suivre ce cyclone jour par jour et heure par heure. L'imagerie satellite geostationnaire, l'imageire micro-onde, couplé aux modèles de prévisions numériques ont permis d'assister quasiment en direct, à l'avènement d'un des plus puissants cyclones de l'histoire de l'océan indien, mais aussi hélas, à la souffrance du peuple Malagasy, déjà exsangue du passage de la Tempête ELITA.

PR

Source : Météo France / Firinga.com / NOAA

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