Comite cyclone tropicaux

Des météorologues en formation à la Réunion

Les météorologues du sud-ouest de l'océan indien sont actuellement à la Réunion pour une formation spéciale sur les cyclones. C'est dans ce cadre que nous avons rencontré Philippe Caroff, Chef du département cyclone au CMRS de la Réunion, avec qui plusieurs sujets ont été abordés.

Une formation axée sur les cyclones et la communication

Le CMRS de la Réunion (Centre Météorologique Régional Spécialisé cyclone) qui fêtera ses 25 ans l'année prochaine, organise régulièrement et conjointement avec l'Organisation Météorologique Mondiale des formations au profit des Etats membres du comité des cyclones tropicaux de la région Afrique. En tant que CMRS, en plus de réaliser des prévisions pour le bassin sud-ouest de l'océan indien, elle a comme mission d'aider les météorologues des pays de la zone à approfondir les connaissances théoriques et pratiques sur les cyclones tropicaux, en mettant l'accent sur les techniques d'analyses et de prévision, afin d'améliorer la prévention cyclonique dans leurs pays respectifs. 

Une formation en deux parties

Durant deux semaines, la Direction Interrégionales pour l'Océan Indien accueille dans ses locaux et pour la 8eme fois cette formation. Un prévisionniste de chacun des pays sont à la Réunion pour suivre ce stage organisé en deux parties. La première qui se déroule depuis lundi et qui prendra fin samedi, traite du volet cyclonique. Dispensé par l'équipe cyclone du CMRS de la Réunion, cette partie tente d'aborder tous les aspects importants en termes de cyclone avec des cours théoriques et des travaux pratiques composés d'exercices basés sur des cas réels et des cyclones passés.

 

La deuxième partie qui se déroule la semaine prochaine de lundi à mardi et qui est cette fois-ci gérée par l'OMM, se concentrera sur le volet communication. Le but de cet atelier selon Philippe Caroff est de savoir comment en tant que prévisionniste communiquer vis à vis de la population, des autorités et des médias pour faire passer au mieux l'information météorologique. La transmission de l'information est une problématique importante avoue le chef prévisionniste.

formation sur les cyclones tropicaux à Météo France Océan Indien

Le nord-est de Madagascar une zone très exposée

L'actualité cyclonique mondiale est incontestablement marquée par l'exceptionnel épisode IRMA qui secoue actuellement le bassin nord atlantique. C'est donc tout naturellement que la question est posée de savoir si il était possible de voir ce genre de phénomène hors norme dans le bassin sud-ouest de l'océan indien. Selon Philippe Caroff la réponse est oui, même si cela n'est pas très fréquent. Dans le bassin, les cyclones tropicaux très intenses (CTTI) ayant une intensité équivalente ou approchant celle d'IRMA sont rares. Généralement, ces systèmes atteignent leur maximum d'intensité vers la latitude 15S, en raison du potentiel thermique disponible et de conditions environnementales en termes de vent plus favorables le long de cette latitude.

Selon les données du CMRS de la Réunion, aucun CTTI de ce type n'a touché les îles habitées de l'archipel des Mascareignes à cette intensité. C'est une chance que malheureusement n'a pas Madagascar étant donné sa position géographique. D'après Philippe Caroff, le nord-est de la Grande Île, vers Cap Masoala et Antalaha, se trouve pile sur cette fameuse ligne. Cette zone est donc la plus défavorable du bassin car la plus exposée à ces monstres de puissance. Ce n'est pas un hasard si des météores aussi mythiques que GERALDA (1994) ou GAFILO (2004) ont frappé cette région.

Le cyclone très intense Geralda le 31 janvier 94 12utc noaa 2

Le cyclone tropical très intense Geralda le 31 janvier 1994 vers 12utc noaa 2

Tout cela étant dit, le chef prévisionniste revient sur une étude réalisée par le CMRS de la Réunion qui a permis d'identifier une tendance à la migration vers le sud de cette zone où sont situées les maximums d'intensité cyclonique. Cette tendance assez générale observée également sur les autres bassins cycloniques de la planète, signifie concrètement que la zone d'intensité maximale des cyclones s'éloigne de l'équateur, pour se rapprocher des Mascareignes. Selon les termes de Philippe Caroff, cela pourrait ouvrir potentiellement la porte à ce que la Réunion et Maurice soient impactées par des cyclones d'une puissance supérieure à ceux connus historiquement.

GASITAO en haut du top 5

Dans le bassin sud-ouest de l'océan indien, le cyclone équivalent à IRMA est le cyclone très intense GASITAO qui a évolue en mars 1988 selon le prévisionniste. Ce cyclone qui est le plus intense qu'ait connu le bassin au cours de ces 30 à 40 dernières années a évité de peu Rodrigues en transitant à l'Est de l'île. GASITAO, GAFILO, GERALDA, LITANNE et FANTALA compose le top 5 des cyclones les plus puissants du bassin. Le cas LITANNE est d'ailleurs très intéressant selon Philippe Caroff car ayant menacé sérieusement la Réunion en mars 1994. Le chef prévisionniste rappelle que ce puissant cyclone se dirigeait droit vers la Réunion, et, qu'à la faveur de la situation météorologique, celui-ci évita in extremis l'île pour finalement frapper Madagascar. Si LITANNE avait poursuivi la même trajectoire 24h de plus, la Réunion aurait subi un événement cyclonique majeur équivalent au cyclone 48 de l'avis du spécialiste. 

Cyclone Tropical Très Intense LITANNE le 8 mars 1994 à 06utc

Cyclone Tropical Très Intense LITANNE le 8 mars 1994 à 06utc au nord-est de la Réunion (image Météo France)

Nous posons la question de savoir si le CMRS de la Réunion avait déjà quelques signaux pour la prochaine saison cyclonique. Sa réponse est clairement non. D'après Philippe Caroff, il est beaucoup trop tôt pour avoir des projections sur la saison à venir. Les premiers éléments devraient intervenir durant les prochaines semaines et être confirmés début novembre. Si le CMRS réalise depuis maintenant 2 ans ce genre de prévisions saisonnières, le prévisionniste insiste sur le fait qu'il y a des limites à ce genre de prévision et, qu'il est impossible de savoir des mois à l'avance si une île serait frappée ou non par un cyclone. Il faudra donc patienter avant d'avoir les premières tendances de la saison cyclonique 2017/2018.

PR

Image d'illustration : 21e comité des cyclones tropicaux (Météo France)

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