Alerte cyclonique : La pédagogie plutôt que la polémique

Le non déclenchement de l'alerte rouge par le préfet de la Réunion lors de BERGUITTA fait des vagues. La méconnaissance du système d'alerte cyclonique n'est pas étrangère à cette polémique. Voyons ensemble le fonctionnement et les subtilités du système d'alerte à la Réunion.

Un système d'alerte en 4 phases

Polémiquer sur les alertes cycloniques à la Réunion est une activité qui ne date pas d'aujourd'hui. Chaque préfet à eu droit à sa polémique. La situation vécue actuellement  par Amaury de Saint-Quentin, n'est ni la première, ni la dernière polémique que vivra un préfet sur ce sujet. Certains demandent un changement dans le système d'alerte oubliant que les problèmes existaient déjà à l'époque des alertes 1, 2 et 3. En réalité, le fond du problème est la non maîtrise par la population du fonctionnement de l'alerte qui conduit à l'incompréhension.

Le système d'alerte cyclonique tel qu'il existe aujourd'hui à la Réunion et Mayotte, se découpe en 4 phases. La Pré-alerte cyclonique qui est en général déclenchée dans un délai de 72h (3 jours), constitue une première mise en garde. C'est-à-dire qu'il existe une menace potentielle pour l'île au cours des prochains jours. Néanmoins, cette menace est encore vague et incertaine. Ensuite, l'Alerte orange est déclenchée si il y a un danger pour les prochaines 24h. La vie économique se poursuit, tandis que les établissements scolaires, crèches et garderies ferment leurs portes. C'est également le moment d'entrer les objets susceptibles d'être emportés par le vent, de mettre à l'abris les animaux et de préparer son habitat.

Par la suite, l'alerte rouge qui oblige au confinement et interdit toute circulation, est activée si  la tempête ou le cyclone affectera l'île ou sa périphérie immédiate dans les heures qui suivent, avec l’apparition des "conditions cycloniques". C'est cette notion qui n'est pas comprise par le public.

La notion de conditions cycloniques

Les conditions cycloniques se sont des rafales excédant les 150 km/h. La vitesse du vent est la seule condition justifiant le déclenchement de l'alerte rouge. Attention, à aucun moment, le facteur précipitation ne rentre en compte dans la décision. C'est la raison pour laquelle l'alerte rouge n'a donc pas été déclenchée jeudi dernier, malgré les fortes précipitations et la situation chaotique du réseau routier dans le sud de l'île.

Enfin, l'alerte rouge est suivie de la phase de sauvegarde, qui signifie que la menace cyclonique s’éloigne, mais que des dangers demeurent. Cette phase n'est pas à prendre à la légère, dans le mesure ou c'est souvent après le passage du cyclone que l'on observe le plus de pertes en vies humaines. Hélas, la baisse de vigilance et la prise de risque conduisent souvent à des drames.

Un système de vigilance météorologique

En sus du système d'alerte cyclonique (faisant partie du dispositif ORSEC), il existe un système de vigilance pour prévenir 4 types d'événement météorologique dangereux (fortes pluies, vent fort, forte houle et orage). Ces évenements peuvent-être liés ou pas à un épisode cyclonique. Par exemple, une vigilance forte houle peut intervenir aussi bien en hiver à l'occasion d'un épisode de grande houle australe, ou pour une houle cyclonique dans le cas ou un cyclone se trouve à proximité de la Réunion. En cas d'événement météorologique dangereux pouvant avoir un caractère exceptionnel, une vigilance dite "renforcée" peut-être activée. C'est ce qui est arrivé à l'occasion du passage à proximité de la tempête tropicale modérée HALIBA (2015), ou de la forte tempête tropicale BERGUITTA (2018).

Ces vigilances peuvent donc être utilisées en même temps que la pré-alerte cyclonique ou que l'alerte orange (ce qui n'est pas le cas lors de l'alerte rouge). C'est ce qui est arrivée durant l'épisode BERGUITTA, où des vigilances vent fort, forte houle, et vigilance fortes pluies renforcée avait été déclenchées. Si la décision d'activer l'alerte cyclonique est la prérogative du préfet, les vigilances météorologiques sont sous la responsabilité de Météo France. 

Des polémiques qui ne datent pas d'aujourd'hui

De notre point de vue, le système de vigilance météorologique et d'alerte cyclonique est plutôt un bon outil. Encore faut-il qu'il soit bien compris par la population, les médias et les différents acteurs locaux pour être efficace. Les épisodes CARLOS et BERGUITTA ont montré qui'il y avait une anomalie. Tant qu'il existera de l'incompréhension sur la notion de condition cyclonique, des amalgames sur le système de vigilance météorologique, voire carrément de la méconnaissance sur la signification de vigilance renforcée, on peut-être sûr qu'il y aura de nouvelles polémiques.

Pour s'en sortir, le temps, ainsi qu'un gros travail de pédagogie et d'explication est nécessaire pour lever ces zones d'ombres qui compliques la tâche en cas de crise. Un effort doit certainement être réalisé également en ce qui concerne la communication vis à vis de la population. Si le préfet a parfaitement respecté les règles de déclenchement des alertes, une communication différente aurait peut-être été plus judicieuse pour la population du sud de la Réunion.

Le débat sur les alertes ont toujours animé les saisons cycloniques. Une des polémiques les plus célèbres est sans conteste le cas du cyclone JENNY en février 1962. Le déclenchement tardif de l'alerte cyclonique avait valu au préfet de l'époque M. Perreau-Pradier, une avalanche de critiques. Cet épisode fut hautement plus grave que le cas BERGUITTA, puisqu'il s'agissait d'un cyclone beaucoup plus puissant et ayant une trajectoire nettement plus défavorables pour l'île.

PR

  • Image d'illustration : Préfecture de la Réunion
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