22e comité des cyclones tropicaux de l'océan indien sud-ouest

Du 25 au 29 septembre 2017 s'est tenu aux Seychelles le 22e comité des cyclones tropicaux de l'océan indien sud-ouest. Organisé tous les 2 ans, ce comité est l'occasion pour les pays concernés directement ou indirectement par le risque cyclonique d'échanger sur la thématique cyclone.

L'Association Régionale - I

Des représentants des différents services météorologiques des pays membres de l'Association Régionale I (AR-I), se sont retrouvés aux Seychelles à l'occasion de la 22e cession du comité des cyclones tropicaux de l'océan indien sud-ouest. Cette cession réunit tous les 2 ans les pays concernés directement ou indirectement par le risque cyclonique dans le bassin sud-ouest de l'océan indien. On y retrouve la France, Maurice, Madagascar, les Seychelles et les Comores, ainsi que certains pays d'Afrique Australe (Mozambique, Afrique du Sud, Botswana, Kenya, Lesotho, Malawi, Namibie, Swaziland, Tanzanie, Zimbabwe).

AR-I WMOL'AR-I qui a été établie en 1973, fait partie des 5 associations régionales créées par l'Organisation Mondiale de la Météorologie, dans le cadre du Programme des Cyclones Tropicaux (PCT). Ces associations ont pour but de permettre le transfert de connaissance, de technologie, ou d'information aux différents pays membres, dans l'optique d'atteindre les objectifs du PCT, qui est de réduire au maximum les pertes en vies humaines et les dommages causés par les cyclones tropicaux. Le comité des cyclones tropicaux de l'océan indien sud-ouest est présidé par M. David GOUTX, Directeur Interrégional de Météo France Océan Indien. A noter que c'est au cours de la 21e cession qui avait eu lieu du 28 septembre au 02 octobre 2015 à la Réunion que furent établies les listes des noms pour les saisons cycloniques 2016/2017-2017/2018 et 2018/2019.

Examen des 2 dernières saisons cycloniques

Chaque cession est l'occasion de faire un examen des saisons cycloniques qui se sont déroulées depuis la dernière rencontre. Ainsi, le CMRS de la Réunion (Centre Météorologique Régional Spécialisé Cyclones) a présenté un rapport détaillé des 2 dernières saisons. Dans sa présentation, le CMRS constate que 2015/2016 et 2016/2017 ont été particulièrement faibles en termes d'activité cyclonique, surtout la saison 2016/2017. Si le cyclone très intense FANTALA a permis de sauver les statistiques de la saison 2015/2016, le faible nombre de baptême et de jour d'activité cyclonique font de la saison 2016/2017 une des moins active de l'histoire du bassin.

Cyclone tropical FANTALA

Cyclone Tropical FANTALA avant d'être classé Très Intense

Le mystère des saisons peu actives résolu ?

Au delà de la simple constatation, des pistes pouvant expliquer cette faiblesse dans l'activité ont été également avancées. Selon le CMRS, c'est un contexte de grande échelle défavorable à la cyclogenèse qui pourrait justifier cette situation. La succession d'un épisode El Nino ou La Nina modéré ou marqué dans le pacifique, suivi d'un Dipôle Océan Indien fortement négatif, puis d'un Dipôle Subtropical fortement positif, pourrait être la réponse au mystère des saisons peu actives. Ce triptyque a été observé lors des saison 1998/1999, 2005/2006, 2010/2011 et 2016/2017. Comme par hasard, il s'agit des 4 saisons les moins actives des 30 dernières années selon le CMRS. Peut-on encore parler d'un hasard...

Les systèmes marquants des 2 dernières saisons

Le CMRS est également revenu sur les différents phénomènes marquants des saisons 2015/2016 et 2016/2017. Pour la première c'est incontestablement le cyclone FANTALA qui non seulement a marqué la saison 2015/2016, mais aussi l'histoire du bassin sud-ouest. Le cyclone est entré dans le top 5 des plus puissants observés depuis le début de l'ère satellitaire (1967). Arrivé après une saison en demi teinte, FANTALA va battre plusieurs records. C'est le Cyclone Tropical Très Intense le plus tardif de l'histoire du bassin, celui qui a fait tomber le record du nombre de jour au stade cyclonique (10 jours) et donc celui qui détient à présent le record d'Energie Cyclonique Accumulée (ACE) individuelle. Avec un ACE de 34, FANTALA représente à lui seul 60% de l'ACE pour la saison 2015/2016 qui lui s'élève à 64 (69 moyenne saisonnière)!! Sans FANTALA, la saison 2015/2016 aurait été une des pires saisons en termes d’inactivité.

Farquhar après le passage du cyclone très intense FANTALA (Seychelles Met Authority)

Cocoteraie détruite aux Farquhar après le passage du cyclone très intense FANTALA (Seychelles Met Authority)

Pour la saison 2016/2017, outre l'exceptionnelle Forte Tempête Tropicale d'hiver ABELA et la Dépression Subtropicale BRANSBY la plus précoce du bassin, c'est sans contestation possible ENAWO qui a marqué les esprits. C'est le cyclone le plus intense de la saison 2016/2017 et qui a en plus impacté sévèrement le nord-est de Madagascar. Cette saison a démontré que saison peu active ne rime pas avec peu de risque. Malgré un nombre de baptême très en-dessous de la moyenne, plusieurs zones habitées ont été impactées directement ou indirectement. Les Grandes Mascareignes (La Réunion-Maurice) ont été approchées par la Tempête CARLOS, le Mozambique a été directement frappé par le Cyclone Tropical DINEO, et enfin, Madagascar est le pays du bassin à avoir le plus souffert cette saison, avec le Cyclone Tropical Intense ENAWO.

FANTALA aux Seychelles et ENAWO à Madagascar

Par la suite, les pays impactés durant les 2 dernières saisons ont été invités à présenter leurs rapports et retour d'expérience. Celui des Seychelles et de Madagascar étaient les plus attendus, dans la mesure ou ce sont les 2 îles qui ont été durement touchées respectivement au cours des saison 2015/2016 et 2016/2017. Lors du mois d'avril 2016, l'atoll Seychellois des Farquhar a été directement impactés par FANTALA, alors que celui-ci était sur le point d'atteindre son maxi d'intensité. C'est la deuxième terre habitée à être frappé par un cyclone classé Très Intense selon le CMRS de la Réunion. L'atoll a été impacté par 2 fois du 16 au 19 avril, en raison d'une trajectoire le faisant repasser par 2 fois au même endroit. Le premier impact fut le plus dure avec des rafales autour des 350 km/h. Si les dégâts ont été colossaux, il n'y a pas eu de victime puisque quasiment l'ensemble des habitants furent évacués. En mars 2017, la trêve observée sur les côtes orientales de Madagascar depuis le cyclone GIOVANNIA en 2012 a pris fin brutalement. Le Cyclone Intense ENAWO a touché terre à environ 50 km d'Antalaha le 7 mars en début d'après-midi. C'est l'impact cyclonique le plus violent depuis le terrible GAFILO en 2004. Le bilan fait état de 81 morts, 18 disparus, 253 blessés, plus de 400.000 sinistrés et les pertes estimées à 415 Millions de $, soit 4% du PIB de Madagascar selon le BNGRC.

Plan d'action 2016 à 2019

Au cours de cette 22e cession, un point sur l'état d'avancement du plan d'action pour la période 2016-2019 du comité des cyclones tropicaux de l'océan indien sud-ouest a été présenté par le Président de l'AR-I. Ces actions sont menés dans le but d'améliorer les compétences, d'améliorer la prévision cyclonique, d'anticiper quelle pourrait-être l'évolution de l'activité cyclonique en fonction du changement climatique ou encore de renforcer la coopération régionale.

Plan d'action du CCT-SOOI pour la période 2016 2019 (OMM)

Plan d'action du CCT-SOOI pour la période 2016 2019 (OMM)

C'est dans ce cadre que des stages et formation pour les météorologues des pays membres sont organisés à Météo France Océan Indien, qu'a été mise en service le modèle de prévision numérique AROME indien en février 2016, qu'une évaluation des prévisions d'activité cyclonique d'avant saison a été réalisée ou encore qu'un module de visualisation des cyclones tropicaux est en cours de développement à la Réunion. La question de l'impact du changement climatique est également abordée. Les actions menées par Météo France pour réanalyser les cyclones passés et le projet ReNov'Risk-Cyclones, ont pour objectif d'observer l'impact du réchauffement climatique sur l'activité cyclonique du bassin sud-ouest, et pour tenter de définir un scénario futur.

Concernant les noms des cyclones, aucune nouvelle liste n'a été ajoutée. Néanmoins, il est à noter que dans le plan d'opération des cyclones tropicaux de l'océan indien sud-ouest, il a été acté lors de la 21e cession, que seuls les noms qui auront été utilisés de 2016 à 2019, seront remplacés pour les saisons ultérieures par des nouveaux noms proposés par les pays membres et jamais utilisés.

PR

bassin sud ouest

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