La question que beaucoup se posent forcément, dans un contexte de changement climatique, est simple : observe-t-on davantage de systèmes tropicaux en mai dans l’océan Indien Sud ? Et surtout, observe-t-on davantage de cyclones à cette période tardive de la saison ?
À partir de la saison 1979, le résultat de l’analyse des données invite à la prudence. Elle montre bien un signal récent intéressant, mais pas une tendance suffisamment robuste pour conclure à une augmentation durable.
Pour le nombre total de systèmes actifs en mai, la répartition est la suivante :
- années 1980 : 8 systèmes ;
- années 1990 : 5 systèmes ;
- années 2000 : 5 systèmes ;
- années 2010 : 9 systèmes ;
- années 2020 : déjà 7 systèmes entre 2020 et 2024.
Ces chiffres montrent que l’activité de mai est plus élevée récemment, notamment depuis les années 2010. Mais ils ne dessinent pas une hausse régulière décennie après décennie. Les années 1980 étaient déjà actives, puis les années 1990 et 2000 ont été plus calmes, avant une reprise nette ensuite. On observe donc plutôt une reprise récente après un creux, pas une progression linéaire.
Pour les cyclones en mai, c’est-à-dire les systèmes ayant atteint au moins 64 kt, le signal récent est plus marqué :
- années 1980 : 2 cyclones ;
- années 1990 : 2 cyclones ;
- années 2000 : 3 cyclones ;
- années 2010 : 1 cyclone ;
- années 2020 : déjà 3 cyclones entre 2020 et 2024.
Les années 2020 comptent donc déjà autant de cyclones de mai que toute la décennie 2000, avec notamment Fabien en 2023, puis Hidaya et Ialy en 2024. C’est un élément remarquable, surtout parce que la décennie n’est pas terminée.
Mais il faut garder une limite importante en tête : on ne parle que de 11 cyclones en mai sur 46 saisons. C’est un échantillon très faible. Dans ce type de série, une seule saison active peut fortement modifier la lecture statistique. La saison 2023/2024, avec deux cyclones en mai, pèse donc beaucoup dans le signal récent.
Il faut aussi pondérer l’analyse par l’amélioration progressive des observations. Même après 1979, les données ne sont pas totalement homogènes : les décennies récentes bénéficient d’une meilleure couverture satellitaire, d’images plus fréquentes, de méthodes d’estimation plus avancées et d’un suivi plus précis des systèmes courts ou marginaux. Cela peut favoriser la détection des phénomènes récents, notamment les systèmes faibles ou de courte durée en fin de saison.
Pour les cyclones bien structurés, le risque de manquer complètement un système est plus faible. En revanche, l’intensité estimée peut varier selon les méthodes, les agences et les périodes. Cela impose de rester prudent lorsqu’on compare directement les décennies anciennes et récentes.
La conclusion la plus solide est donc la suivante : dans un contexte de changement climatique, les dernières saisons montrent un signal intéressant, avec davantage de systèmes et surtout plusieurs cyclones en mai dans les années 2020. Mais les données disponibles ne permettent pas d’affirmer avec certitude qu’il existe déjà une augmentation durable du nombre de systèmes ou de cyclones en mai dans l’océan Indien Sud. On peut parler d’un signal récent à surveiller, pas encore d’une tendance établie.