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DINA un cyclone qui m'a beaucoup marqué

Toute cette semaine nous revenons sur le cyclone tropical DINA qui a durement frappé les îles soeurs il y a 15 ans. Ce cyclone a durablement marqué les esprits à la Réunion et Maurice. Voici le récit de l'administrateur de notre site qui nous raconte comment il a vécu ce cyclone.

Samedi 19 Janvier 2002, la découverte

En 2002, j'avais 20 ans et je vivais à Saint-Denis de la Réunion près du front de mer. Notre appartement était idéalement située puisque j'avais une vue imprenable sur l'océan indien depuis le balcon de ma chambre. Des cyclones, j'en avais vu beaucoup depuis ce balcon. J'avais le privilège d'être en première ligne lorsque la houle cyclonique se déchaînait à l'approche d'un météore. Le spectacle était souvent grandiose et j'avais la chance de pouvoir y assister tout en étant à l'abri. En 2002, internet en était encore qu'à ses balbutiements à la Réunion et les réseaux sociaux tel que facebook, twitter, Youtube et autres n'existaient pas. Il est important de le signaler, car à cette époque, les seuls moyens de s'informer étaient encore la télévision, la radio et la presse écrite. C'est ainsi qu'en ce samedi 19 janvier 2002, je découvrais dans le JIR de l'époque, une page traitant de DINA avec une photo satellite noir et blanc et la trajectoire du système. A cet instant, le cyclone se dirigeait droit vers Rodrigues et je fis la conclusion rapide qu'il ne nous concernerait pas.

Dimanche 20 janvier 2002, la surprise

Ce jour là, notre famille avait décidé de faire une petite virée dans le cirque de Salazie. Quel moment agréable, l'occasion pour nous de s'échapper le temps d'un après-midi de l'étouffante chaleur de l'été austral qui régnait sur le littoral. Après cette rafraîchissante escapade, nous étions invités chez des amis à mes parents pour le dîner. Nous étions réunis dans le salon à discuter en attendant le repas. La télévision était allumée, le journal télévisé débutait, et à la surprise générale, nous apprenons que nous sommes en vigilance cyclonique. DINA a bifurqué en direction de l'ouest sud-ouest, c'est à dire droit vers les îles soeurs. Chacun écoute religieusement les propos de Philippe Caroff , Chef du département cyclone à Météo France Réunion qui indiquait que la probabilité que DINA affecte la Réunion était importante. De plus, le système avait connu une phase d'intensification soutenue, faisant de lui un puissant et dangereux cyclone tropical intense de catégorie supérieure. La menace DINA devient alors le sujet de conversation à table, certains montrant des signes d'inquiétudes et une majorité faisant part de leur scepticisme en pensant que le cyclone changerait de trajectoire pour nous éviter. Pour ma part, étant passionné par les cyclones, j'étais plutôt excité, mais je gardais ce sentiment pour moi par peur de ne pas être compris des autres. Effectivement, aimer les cyclones n'est pas une passion très courante. 

Lundi 21 Janvier 2002, le jour d'avant

Un cyclone s'approchait, mais rien en ce début de journée ne le laisse penser. La mer est encore calme et le ciel particulièrement dégagé. Rien d'étonnant à cette situation, car le cyclone en se rapprochant aspire l'humidité et envoie de l'air subsident (sec) d'ou cette impression de beau temps. Depuis la nuit dernière, je ne rate aucun point cyclone diffusé à la radio. Armé d'un carnet et d'un stylo, je notais précautionneusement chaque point pour pouvoir l'inscrire sur la carte de suivi cyclonique. Et oui, je le rappelle une fois encore, à cette époque pas d'internet. Pour suivre un cyclone il fallait pointer sur ces cartes qui étaient souvent des calendriers ou qu'on trouvait dans les revus ou journaux. Lors du point de 10h, DINA était toujours un cyclone tropical intense et je constatais que la trajectoire vers la Réunion était confirmée. Pour moi, il ne faisait aucun doute que nous passerions en alerte orange dans la journée. Mes amis et mon entourage continuaient d'être sceptiques. Il est vrai qu'au cours des années précédentes, l'île avait toujours été épargnée par les cyclones, je pense à CONNIE en 2000 et ANDO en 2001. A chaque fois, le coeur du phénomène nous évitait. Mais moi, j'étais au contraire convaincu que les choses n'allaient pas se dérouler aussi bien que d'habitude. La suite des événements me donnera raison. DINA se rapproche et n'est plus qu'à 530 km à l'est nord-est de l'île. L'alerte orange est déclenchée à 13h. Dans l'après-midi, la houle cyclonique se renforce telle une onde de choc. Des badauds commencent à venir admirer le spectacle. Au point de 16h, pas de changement de trajectoire et DINA est toujours un cyclone tropical intense. La menace se précise et un impact apparaît à présent inéluctable. Lors du journal télévisé du soir, le préfet Gonthier Friederici intervient et fait part de son inquiétude devant l'ampleur de la menace qui se profile. Le message est clair, barricadez vous et préparez vous à des conditions difficiles pour demain. Depuis ma chambre, j'écoute la houle cyclonique qui est de plus en plus bruyante, signe du rapprochement continue du cyclone. Ce n'est que tard dans la nuit que je réussis à trouver le sommeil, mon excitation étant à des sommets.

Mardi 22 Janvier 2002, le jour J

La nuit sera courte et je me réveille dès 4h du matin, pas question de rater le dernier point. Les yeux encore embués, j'attends avec impatience que la radio délivre le point de 4h. La petite musique qui annonce cet instant résonne, et je sens mon coeur qui bat à la chamade. DINA est à moins de 300 km et semble prendre une trajectoire un peu plus ouest qu'hier. C'est plutôt une bonne nouvelle car cela éloignerait la distance du passage au plus près de l'île. A peine après avoir effectué le pointage sur ma carte, je suis surpris par le bruit de la houle qui est particulièrement fort. Rarement je n'avais entendu une houle aussi bruyante. Il fait encore une nuit noire et je ne distingue rien, seul le bruit me donne des indices sur l'état de la mer. Mais petit à petit le jour se lève, et je découvre une mer complètement déchaînée. La houle est d'une telle force qu'à chaque fois qu'elle bute sur le front de mer, elle éclate en une formidable gerbe d'eau s'élevant sur plusieurs mètre de hauteur et dans un fracas assourdissant. Elle est si puissante, qu'elle réussit à projeter des blocs de pierres sur la route située à une dizaine de mètre de la mer. L'alerte rouge sera déclenchée à 8h, cela nous laisse un peu de temps pour aller à l'épicerie chinoise du quartier pour acheter de quoi tenir pendant le cyclone. Cette sortie de dernière minute montre l'état de non préparation dans lequel nous étions et qui est la conséquence de ce scepticisme dont je parlais plus haut. Le ciel est totalement couvert, il farine et des bourrasques entrecoupées d'accalmies se succèdent, rien d'encore spectaculaire sur Saint-Denis. Le point de 7h tombe et semble vouloir donner raison à ceux qui n'y croyaient pas vraiment. DINA qui est toujours un cyclone intense se déplace plein ouest et semble vouloir épargner la Réunion. Mais à 10h, le cyclone qui est à moins de 200 km, reprend un cap ouest sud-ouest ce qui va de nouveau le rapprocher sensiblement du département. A l'extérieur, même si on n'est pas encore dans des conditions cycloniques, le vent se renforce et les rafales atteignent déjà les 120 km/h sur Gillot. Lors du journal de midi, tout le monde est devant la télévision. On y voit les premières images des conséquences du cyclone sur l'île. A 13h, le dernier point cyclone est alarmant. DINA a opéré un déplacement qui va l'amener à passer à moins de 100 km de l'île en longeant les côtes nord puis ouest. Philippe Caroff prévient que le pire est à venir et qu'il faut s'attendre à des conditions cycloniques sévères. A partir de là, la situation va au fur et à mesure se gâter sérieusement. A l'extérieur, le vent monte en régime avec des rafales de plus en plus fortes. Certaines radios et télés commencent à ne plus fonctionner. Celles qui résistent, parlent de conditions de plus en plus dégradées et de personnes en difficultés dans toute l'île. A 15h, on peut dire que les rafales sont violentes. J'ai de plus en plus de mal à sortir dans mon balcon pour observer la situation dehors. Dans la maison, les volets commencent à donner des signes de faiblesses. Au niveau sonore c'est un véritable vacarme. Le bruit de la pluie et des rafales accompagnées de ceux des débris emportés par le vent nous plonge dans une ambiance que l'on avait plus vécu depuis longtemps. A 16h, la force du vent est telle que la baie vitrée de ma chambre se fissure sous mes yeux. A ce moment je décide de fermer le volet de mon balcon. Cette fois-ci nous sommes totalement barricadés, plus aucun moyen de voir ce qui se passe à l'extérieur. Petit à petit, toutes les télévisions et radios n'émettent plus. DINA a réussi à rendre la Réunion totalement sourde et muette. En fin d'après-midi, nous n'avons plus aucun moyen de savoir ce qui se passe, ou est le cyclone et ou il va. Seul le courant résiste, mais on se demande jusqu'à quand. Finalement, nous capitulons et des 20h, nous n'avons plus d'autres choix que de nous endormir. C'est en étant dans un état d'ignorance total que nous nous endormons alors que dehors le bruit est toujours aussi assourdissant.

Mercredi 23 Janvier 2002, le jour d'après

Malgré le bruit et la situation, j'ai pu m'endormir et avoir une nuit complète de sommeil. Mon premier réflexe en me réveillant est d'essayer la radio. Rien, c'est le silence total. Idem pour la télé qui n'émet toujours pas. Le courant lui par contre a tenu le coup, ce qui m'a particulièrement étonné, vu le déchaînement du cyclone. Ca cogne toujours à l'extérieur, signe que DINA n'est pas encore tout à fait parti. Ma curiosité me pousse à aller dehors, mais tout en restant prudent. Je sors de l'appartement, descends dans le garage et j'ai un visuel sur l'environnement extérieur. Je m'aperçois que le vent est encore très fort. Je constate également que les dégâts sont très importants dans le quartier ou je vis. Finalement, le vent diminue rapidement au cours de la matinée et nous pouvons enfin rouvrir les volets. Le ciel est comme groggy par le passage du cyclone. La route longeant la mer est inutilisable car jonchée de pierres projetés par la houle. Partout ou nous tournons les yeux,le décor est le même. Des poteaux et des arbres abattus, des débris dans tous les sens, bref le désordre absolu. Comme tout le monde, nous ressentons le besoin de sortir après toutes ces heures de confinement. C'est ainsi que nous avons pris la voiture pour observer les conséquences du cyclone dans toute la ville de Saint-Denis. Les dégâts étaient très importants et la stupeur se lisait sur les visages. Cela faisait bien longtemps que Saint-Denis n'avait plus été dans un tel état après un cyclone. La ville était marquée, tout comme moi...

PR

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